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La Catalogne du Sud a manifesté le 25 novembre une exceptionnelle vitalité démocratique, à l’occasion de ses élections les plus importantes depuis l’avènement de la démocratie espagnole, en 1978. Dans un système électoral purement proportionnel, la mobilisation de 69,5 % de l’électorat associée à une importante régénération du personnel politique, 71 % des députés élus ayant moins de 50 ans et 40 % étant élus pour la première fois, constituent un exemple européen moderne. Sur fond de grave crise économique et politique au sein de l’Espagne, la Catalogne se cherche et esquisse les contours d’un véritable État, avec un questionnement propre et distinct du reste de l’État espagnol. Le bloc favorable à un référendum d’autodétermination, composé de Convergence et Union (CiU), Gauche Républicaine de Catalogne (ERC), Candidatures d’Unité Populaire et Initiative pour la Catalogne – Les Verts, est majoritaire, à 57,68 %. Selon un autre critère, le bloc de gauche, opposé aux politiques d’austérité, dépasse la droite, à 49,1 % contre 43,64 %. Ainsi, à l’inverse des scrutins menés notamment en Andalousie, en Galice ou au Pays Basque, la majorité des sud-Catalans souhaite à la fois l’indépendance et la fin des politiques d’austérité, les deux étant liées.

Subtils équilibres au sein de la future chambre parlementaire

Ces élections contraignent le centre-droit CiU et ses 50 députés sur 135 à composer un « gouvernement fort » pour une « stabilité parlementaire », comme le signalait publiquement Artur Mas, ce 26 novembre au soir. Gouverner avec la gauche indépendantiste d’ERC et ses 21 députés, deuxième force au Parlement, voire avec le Parti Socialiste de Catalogne, doté de 20 députés, est l’intention dévoilée, immédiatement réprouvée par le Partido Popular. Cette géométrie sera clarifiée avant le 24 décembre, pour une reprise parlementaire au plus tard le 10 janvier 2013. Cependant, dans un contexte où le gouvernement de droite et pro-austérité de Madrid, dirigé par le Partido Popular, maintient Barcelone sous tension financière, la pression exercée par ERC sur CiU devrait illustrer, voire secouer le nouvel échiquier. Le double scénario comprenant austérité ou indépendance, par le biais d’un référendum organisé « dans les quatre ans qui viennent », selon M. Mas, imposera un jeu d’équilibres subtil et des remous au sein de la coalition CiU, délestée de 12 députés. Mais, faute de majorité suffisante pour cette formation, une accélération du processus d’autodétermination, aux concours aventuriers, pourrait susciter l’opposition en sous-main de l’Union Européenne.

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