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Martin Vivès (1905-1991) a navigué de Prades, où il est né, à Barcelone, de Bordeaux et Paris à Perpignan, sans épouser toutes les tendances de son temps, tout en vivant le succès. Peintre cézannien, marqué par une touche en aplats vifs, denses et colorés, il affiche une série de rencontres célestes, côtoyant Raoul Dufy et Antoni Clavé, Picasso et Cocteau, après avoir passé sa petite enfance à Figueres, où il aura Salvador Dalí pour camarade de classe. Par delà la chronique people, le peintre n’en reste pas moins discret, aujourd’hui encore, dans une notoriété toute relative, en dépit des efforts de ses ayant droit. Surtout, l’histoire mêle son art et ses faits de résistance, dont un attentat, en janvier 1944, contre le bureau des renseignements militaires de Perpignan, où les nombreuses interventions pour faire libérer dès 1940 plusieurs artistes du Sud jetés entre les barbelés des plages du Roussillon, parmi lesquels le peintre et décorateur Antoni Clavé, indéfectible ami. Chez Martin Vivès, la résistance semble être une condition familiale, ancrée chez ses grands-parents, Catalans du Sud réfugiés à Prades, fidèles au carlisme, cette forme de monarchie traditionnelle méfiante face aux nouvelles modes. Vivès reste d’ailleurs conventionnel, mais remplit le rôle d’artiste jusqu’à affirmer « Puissent-ils ceux que j’aime tant retrouver en voyant mes œuvres l’image et l’essentiel de moi vivant »

Maîtrisée la banalité, l’essentiel du pays se révèle

Contrairement aux « peintres touristes », généralement enfants du Nord gagnant parfois le Sud pour y respirer l’iode côtière ou l’air cerdan, Vivès est établi dans ces terres, au fond perçues par beaucoup comme divertissantes et exotiques. Un tantinet sociologue, il en connaît la globalité, toute l’année, ici et là, dehors et dedans. Lorsque les sociabilités s’exercent sur les pas de portes ou sur les places, lorsque la fête fait sens et se mérite, le fonctionnement du territoire et de ses gens touche la banalité, et le reste, essentiel, se révèle, souvent enflammé dans la peinture, prévisiblement sobre dans le trait du dessin. A ce titre, la série visible à Céret ne s’embarrasse de rien, elle raconte sans audace l’attirance muette des corps, les moments heureux, toujours touchants chez Vivès, et les premiers touristes, garnissant la plage d’un tout autre paysage que celui des camps de réfugiés de 1939. Le crayon, la plume et le fusain produisent pudiquement le croquis, le réalisme est poétique, avec la finesse d’évocation d’un temps rural, aimé, qui expire, et cède le pas à l’ère déjà d’hier. La finesse du discours est à puiser dans une absence de passéisme, un caractère anti-local au sens bébête, opposable à une simple appartenance locale et provinciale, qui tend parfois à tutoyer l’épouvantable.

Exposition « Dessins inédits » de Martin Vivès, du 25 octobre 2008 au 4 janvier 2009 – Galerie Odile Oms, 12, rue du Commerce 66400 Céret.

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