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Imaginée depuis 2009, aprouvée le 18 février 2013 par le Conseil de communauté de l’Agglomération Perpignan Méditerranée puis validée par arrêté du préfet de la région Languedoc-Roussillon le 20 juin 2013, une agence de développement économique entièrement consacrée au Roussillon a été présentée officiellement, le 11 juillet. Ce Groupement d’intérêt public (GIP) réunissant l’Agglomération et l’Union pour les Entreprises des Pyrénées-Orientales (UPE 66), première organisation patronale des Pyrénées-Orientales, fédérant 2000 entreprises et 36 fédérations, en représentation officielle du MEDEF, naît dans l’obligation de toucher le réel. Car une structure précédente, constituée par le Conseil général des Pyrénées-Orientales lors de la présidence de l’UDF René Marquès, a dû être dissoute à la charnière du siècle, l’organe administratif ayant fini par remplacer la fonction sur le terrain. Fuyant cette conception, le promoteur du projet, Jean-Paul Alduy, président de Perpignan Méditerranée, n’hésitait pas à signaler « si on constate que ça ne fontionne pas, on fermera », lors de la présentation, à l’Hôtel d’Agglomération. Le président de l’agence, Romain Grau, vice-président de l’Agglomération et défenseur de l’économie concrète, avertissait que « toutes les zones en croissance ont leur agence » et condamnait sans détours les « zinzins administratifs ».

Les clusters économiques, entre stratégie et administration

L’agence de développement économique de Perpignan Méditerranée s’érige en guichet unique de réception d’entreprises et d’aide à l’expansion des activités préexistantes, mais l’agressivité à l’extérieur s’annonce prépondérante. Au travers des salons européens et des réseaux économiques, plus souterrains et consistants, la nouvelle structure, dont la tête chercheuse sera un « chargé de prospection exogène » polyglotte, souhaite esquiver la coquille vide brassant des courants d’air. Cet aimant à investissements aura pour principal argument de séduction, adressé aux sociétés mondiales, la proximité de l’aéroport international de Barcelone procurée par le futur TGV. Cependant, le risque est une économie administrée, sous forme de filières, selon le principe de contrôle étatique inspirant Colbert ou Pompidou. En effet, seront privilégiés les secteurs de la logistique et des transports, de l’agriculture et de l’agroalimentaire, des industries du nautisme et du tourisme, de la santé, de l’aéronautique, des énergies renouvelables et des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC). L’installation d’entreprises sur 32 parcs pour 1400 hectares aménagés renforcera des « pôles d’excellence » dont la force de communication à l’extérieur favorisera le dynamisme. Mais à ces figures imposées devront nécessairement s’ajouter d’autres secteurs, à l’image de la société Piscines Astral, rattachée au leader mondial Fluidra, et des papiers à cigarettes OCB de Republic technologies, conçus à Perpignan, mais étrangers aux critères envisagés.

Le Roussillon et l’apprentissage de l’international

A l’heure du marketing territorial, indispensable aux territoires mal identifiés, l’agence de développement économique de Perpignan Méditerranée attend son nom de baptême, assorti d’un logo évocateur. Cette étape cruciale, placée dans un champ concurrentiel international sans pitié, sera rendue publique à l’automne. La voie étant tracée par Invest in Reims, Global Lleida ou encore Baden-Württemberg Invest, il s’agira de réinventer le statut du Roussillon, encore engonsé dans la province française et peu préparé à l’idée, bouleversante sur une seule génération, selon laquelle sa plus proche connexion au monde ne sera bientôt plus française.