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Les 26 expositions visibles cette année à l’occasion du festival Visa pour l’image, contre 28 l’année dernière, reflètent invariablement des situations dramatiques. Parmi les reportages consacrés aux printemps arabes, notamment en Lybie, aux troubles du Sud-Soudan et du Yemen, seulement deux expositions échappent au catastrophisme, selon un comptage communiqué ce samedi par l’Agence France Presse (AFP). A l’identique des éditions précédente, le plus grand évènenent de l’année dans les Pyrénées-Orientales, consacre Perpignan en tour de Babel. Depuis une semaine, la ville sort de son caractère local, dans une tradition d’isolement envers le Nord et le Sud, pour embrasser un usage des langues inhabituel. Cette présence ordinaire du catalan et de l’anglais dans ses rues, parfois même dans des secteurs éloignés des 9 lieux d’exposition, attribuent un statut aussi éphémère qu’enviable.

Cependant, dans leurs grandes lignes, les mêmes thèmes sont au cœur de Visa pour l’image, à l’instar des conflits en cours au Moyen-Orient ou en Afrique, la guerre des gangs en Amérique, ou, au chapitre des catastrophes naturelles à fort impact populaire, le tsunami japonais de mars dernier. Au catalogue général, l’AFP ajoute la « misère en Somalie » et la « brutalité dans les prisons sud-américaines », par lesquelles est donnée à voir « l’image d’un monde en proie à la violence ». Dans ce concert des malheurs du monde, qui tend à viser universel, le directeur du festival, Jean-François Leroy, avance l’argument selon lequel on ne peut pas « réussir à faire un festival de photojournalisme sans montrer la misère du monde ». La recette du succès est en effet impérative, face aux difficultés d’une activité, parfois héroïque, mais aussi à forte valeur de témoignage et de participation à la construction de l’Histoire contemporaine, défendue par les photojournalistes de par le monde.

On regrettera cependant l’absence de thématiques de relative proximité, hormis la réalisation « Des chiffres, un visage« , visible au Couvent des Minimes. Le Français Bertrand Gaudillière y décrit l’histoire d’un sans papiers angolais en lutte pour rester en France, où 32.268 personnes sont hébergées dans des centres de rétention, selon l’introduction affichée sur les lieux de cette exposition. Mais la convenance reste de mise, comme le confirme l’absence de reportage consacré aux dramatiques tentatives migratoires des jeunes Algériens de la génération dite « harraga », échoués sur la côte andalouse, voire décédés en mer. On pourra aussi déplorer le voile posé sur les situations de précarité extrême relevées en France, notamment en Pays Catalan, sans dramaturgie ajoutée. Peu héroïques, et peu commerciales, de simples instantanées photographiques permettraient de valider l’universalité, si fragile lorsqu’elle évite l’ultra-local, selon la formule inversée de Montaigne plagiée par Salvador Dalí, « On ne parvient à l’universel qu’à partir de l’ultralocal ».

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