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Selon une révélation explosive effectuée le 19 août par le journal catalan ARA, la structure d’observation américaine Stratfor, estimée être la « CIA de l’ombre », perçoit la Catalogne du Sud comme un possible futur Etat européen. Cette indication émanant de cette agence d’intelligence géopolitique est relayée par Wikileaks. Elle émerge simultanément à la demande exprimée par le fondateur de ce dernier système d’information, Julian Assange, auprès des USA, pour que cesse la « chasse aux sorcières » contre son réseau. D’après cette exfiltration hautement embarrassante pour les autorités espagnoles, le sentiment indépendantiste catalan se situerait à un niveau supérieur aux velléités observées en Ecosse et au Pays Basque. L’agence Stratfor, qui consacre l’essentiel de son activité à l’espionnage international, affirme que le soutien populaire au souverainisme catalan est élevé, mais ne comporte aucun risque de dérives violentes. Selon un classement portant sur 35 régions du monde, principalement européennes, jugées en processus de sécession, la Catalogne est classée en « degré 3 », le degré 5 étant celui de l’indépendance tandis que le degré 4 représente les territoires sujets à des désordres publics liés au souverainisme, dont la Tchétchénie et le Kosovo du Nord. Plus précisément, la Catalogne comporterait un niveau d’indépendantisme qui constitue « un objectif déclaré, mais la région n’utilisera pas la violence pour y parvenir ».

Le caractère secret donne du crédit à l’indépendantisme

Ces observations, consignées sur un rapport rédigé par un groupe d’analystes, figurent sur plusieurs e-mails à caractère interne, échangés entre plusieurs agents de Stratfor. Ces messages ont été identifiés à l’issue d’une sévère opération d’espionnage menée en juillet 2010 par le réseau d’activistes Anonymous sur 5 millions de courriers électroniques émis par l’agence Stratfor. En marge de la légalité, la révélation induite constitue un précédent en Catalogne, car les partisans de l’indépendance peuvent en tirer un certain crédit, augmenté par le caractère secret des informations mises au jour. Suite à cette révélation, le ministre-conseiller de l’Intérieur du gouvernement catalan, Felip Puig, déclarait que la journée du 11 septembre, qui comporte habituellement une grande manifestation nationaliste à Barcelone, serait « transcendante », car un « carrefour historique se présente ». De son avis, le « 11 de Setembre de 2012 ouvrira la porte à la liberté de la Catalogne » et la présence du président catalan, Artur Mas, au coeur de la mobilisation, est « possible ». Cette éventualité serait inédite, compte tenu d’un certain droit de réserve ordinairement observé par le chef de l’exécutif autonome.