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Avant l’évènement, c’est déjà l’évènement en Catalogne du Sud, où l’habituelle manifestation de revendication catalane du 11 septembre s’annonce comme historique. Pour la première fois, son message global, « La Catalogne, nouvel Etat européen », sera indépendantiste, dans la volonté d’interpeller la communauté internationale. Ce rendez-vous dépasse ainsi toutes les prévisions, dans une émulation qui échappe aux partis politiques et au militantisme excessif. Internet fourmille d’incitations, l’affichage est massif dans les rues de Barcelone, Manresa ou Tarragona, tandis que plus de 1000 autocars et 4 trains spéciaux sont réservés, pour rejoindre la capitale catalane. Les stocks de drapeaux étoilés indépendantistes sont épuisés, hormis chez les fournisseurs chinois, présents sur ce qui devient un marché. La coalition gouvernementale Convergence et Union, la Gauche Républicaine de Catalogne et la formation post-communiste Initiative pour la Catalogne-Les Verts, siégeant au Parlement de Catalogne, soutiennent le mouvement.

La rue réclame l’autonomie en 1977 et l’indépendance en 2012

Lors de la première grande clameur catalane, le 11 septembre 1977, après le régime franquiste, un million de personnes réclamaient à Barcelone un statut d’autonomie. Mais en 2010, la limitation, par la cour Constitutionnelle espagnole, d’une nouvelle formule de ce texte approuvée en 2006, a jeté plus d’un million de personnes dans les rues de la capitale catalane. Une montée d’un cran supplémentaire survient en 2012, car le 11 septembre embrasse désormais des pans de la société sud-catalane jusque-là indifférents au sujet mais sensibilisés par l’effet grossissant de la crise. En effet, le schéma égalitaire des 17 communautés autonomes espagnoles, fruit de l’après-franquisme, comporte une somme de lenteurs face aux difficultés. En marge, la Catalogne s’étant réorganisée depuis 30 ans comme autrefois, c’est à dire comme un pays, le cadre espagnol paraît handicapant, à certains égards, pour ce territoire proche de l’Europe. La lame de fond revêt ainsi un caractère plus civique que politique, à telle enseigne que la vice-présidente du gouvernement catalan, Joana Ortega, se voit contrainte à participer à la manifestation, tandis que le président Artur Mas déclarait le 6 septembre « J’irais volontiers à la manifestation indépendantiste, mais je suis le Président ». Pour sa part, l’ancien président et autorité morale, Jordi Pujol, reconnu comme modéré, affirmait le 4 septembre « Délaissons les tentatives vaines, dirigeons-nous vers l’obtention de l’indépendance ». A Perpignan, le think tank Opencat, attaché au pragmatisme d’un espace transfrontalier positif, a également signalé son soutien.

Un panorama inimaginable il y a 5 ans

La force de la rue conditionne une rencontre de haut niveau entre Artur Mas et le premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, prévue le 20 septembre. Au moment où l’indépendantisme en Catalogne, à l’image du Québec, devient majoritaire, le panorama de 2012, inimaginable 5 ans auparavant ne concerne qu’une simple région parmi les 150 que compte l’Union Européenne. A la seule différence d’une cohésion certaine, une économie préparant la sortie de crise, ou encore une langue portée par 7 chaînes de télévision publique, autant d’attributs ordinairement réservés aux Etats.

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