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La Clau
Un camion de pêches « déversé » ou « attaqué » au Boulou ?
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Mardi matin, une opération de filtrage de camions de marchandises en provenance du territoire espagnol était mise en place sur l’autoroute A9, en Roussillon. A la hauteur du péage du Boulou, un sévère contrôle a été organisé par la Fédération Départementale des Syndicats d’Exploitants Agricoles (FDSEA), encadrée par la Direction départementale de la protection de la population (DDPP) dans les Pyrénées-Orientales, et la Police aux frontières. Ce principe, encouragé et couvert par les services de l’Etat, met en colère la presse et les agriculteurs sud-catalans. Dans les heures qui ont suivi, France 3 indiquait « Les arboriculteurs bloquent Le Boulou » et le journal L’Indépendant, de Perpignan, titrait « Les agriculteurs déversent un camion espagnol ». Puis, ce mercredi, l’hebdomadaire Le Point a évoqué une « guerre contre la concurrence déloyale« .

En Catalogne du Sud, le vocabulaire est nettement plus virulent : le Diari de Girona titrait ce mercredi « Un camion de pêches est attaqué sous les yeux de la police française ». La divergence des points de vue au sujet de ce retour des contrôles aux frontières pose les limites de la coopération européenne et même catalane, en révélant des intérêts contradictoires. Dans son compte-rendu, le journal de Girona précisait « Un piquet de paysans français en grève a détruit la charge d’un camion catalan chargé de pêches aragonaises, face à la passivité de la police française ». Le journal ajoutait que « l’attaque », qui a concerné un véhicule de la société Transifred 2010, sise à Barcelone « est le premier du genre dans la crise actuelle », provoquée par la chute du prix des fruits à noyaux dans l’ensemble de l’Europe.

Mise en cause de la France et de la grande distribution

Pour enfoncer le clou, le syndicat « Union des Paysans », majoritaire en Catalogne du Sud a exigé ce mercredi une réaction diplomatique du Département de l’Agriculture catalan et du Ministère de l’Agriculture espagnol, auprès de l’Etat français. Dans un communiqué, cette puissante organisation a déplorée que soit empêchée la « libre circulation de camions de fruits catalans vers l’Europe ». Affirmant comprendre les raisons de la colère, le syndicat a conseillé aux « paysans de la Catalogne Nord » de ne pas « commettre d’erreur de protestation, car empêcher la libre circulation de camions catalans ou du reste de l’Etat espagnol aggrave la crise des prix ». Cette centrale n’a pas cité l’affaire des camions espagnols brûlés au Perthus dans les années 1980, tout en donnant les signes de ne pas avoir oublié cet épisode. Selon elle, « il faut lutter afin de briser l’abus de position dominante de la grande distribution dans sa définition des prix, et exiger que les importations de pays tiers obéissent aux mêmes normes de qualité ».

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