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Mai 2019 signifie l’anniversaire des 80 ans d’une prison discrète où les pensionnaires étaient conduits menottés, avant d’être rasés, habillés en prisonniers et condamnés à 12 heures de travaux forcés quotidiens, au château royal de Collioure. Ce lieu à l’évocation gênante a complété les camps de concentration du Roussillon, avant la Seconde Guerre mondiale. A son propos, le quotidien L’Humanité titrait « Un bagne fasciste en France », le 14 mai 1939, pour dévoiler l’internement de 350 hommes. Principalement Espagnols, ils étaient emprisonnés depuis mars, loin du cliché des pêcheurs peints par des artistes nordiques venus trouver la lumière. Collioure était le lieu d’incarcération d’hommes bannis par la IVe République française dirigée par l’homme de gauche Edouard Daladier.

Une prison cachée, avant le tourisme

L’amnésie persiste sur ce camp de Collioure, dont les détenus étaient privés de contacts avec l’extérieur. Cette «Bastille de Daladier», selon Jean Chauvet, secrétaire général du Secours populaire, refait surface grâce à Grégory Tuban, ancien journaliste au quotidien l’Indépendant de Perpignan. En 2018, son livre « Camps d’étrangers : Le contrôle des réfugiés venus d’Espagne (1939-1945) » révélait que le transfert de pensionnaires du camp d’Argelès-sur-Mer a même précédé une circulaire ministère de l’Intérieur datant du 5 mai, pour l’instauration de locaux disciplinaires. L’armée, la police et la gendarmerie ont ainsi contribué à un « camp spécial », sans justice, mais le préfet des Pyrénées-Orientales savait, dès le 10 mars 1939.

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