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La colère agricole qui conduit les professionnels du Pays Catalan et du Languedoc à stopper les cargaisons espagnoles de fruits et légumes, comme cela s’était produit mardi à Gallargues, dans le département du Gard, se poursuit dangereusement. En effet, leurs homologues du Sud des Pyrénées annoncent des représailles, tout aussi physiques. Ce vendredi après-midi, le Marché International Saint-Charles de Perpignan a été la cible d’une action musclée, lors de laquelle les producteurs, notamment de pêches, ont défié le plus grand centre de réception et distribution d’Europe. Des barrages ont bloqué l’ensemble du secteur, avant le déversement de plusieurs tonnes de fruits sur les ronds-points du site, reconnu comme le grand employeur perpignanais. La stratégie paysanne, nourrie du désespoir d’hommes et de femmes souvent pris à la gorge par une concurrence imparable dans le cadre européen, a ainsi atteint un symbole français. Les protestations observées depuis le début de l’été reçoivent l’assentiment des services de l’État, qui ne maîtrise plus l’escalade des actions et le désespoir des intéressés.

Le Marché International Saint-Charles a été créé il y a tout juste 40 ans pour canaliser les extraordinaires flux de marchandises en provenance du Maghreb, du Portugal, et d’Espagne, notamment de Catalogne du Sud. Fondée sur la position frontalière des Pyrénées-Orientales, il s’agit d’une plateforme par laquelle près de 740.000 tonnes de marchandises ont transité de janvier à juin derniers. Mais pour la première fois depuis le premier contrôle de camion espagnol assorti de l’anéantissement de la marchandise à bord, le 11 juillet, la fronde agricole s’est prend à un outil validé par les décideurs territoriaux. Cependant, alors que la concurrence des pêches et nectarines espagnoles provoque la colère, les acheteurs de ces fruits, principalement associés à la grande distribution, restent épargnés de la critique la plus entendue, tout comme le droit du travail hexagonal, la faute étant invariablement attribuée à l’autre.

Par ailleurs, une visite peu médiatisée s’est produite au Marché Saint-Charles, le 10 juin 2011. A cette date, la présidente du Front National, Marine Le Pen, a parcouru la plateforme, en vue d’affûter des arguments. Sur ce terrain sensible, la construction d’une Europe politique, contrebalançant celle des marchés, semble constituer une unique solution de long terme, face aux difficultés, parfois même à la misère croissante, qui frappent une profession. En Roussillon, la crise actuelle s’annonce comme pire que celle de 2009, lorsque les revenus des arboriculteur avaient chuté de 45% par rapport à 2008. En juillet 2009, une alerte avait été donnée à proximité du péage Sud de l’autoroute A9 à Perpignan, par le déversement de 8 tonnes de pêches.

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