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La présence d’entreprises du BTP sud-catalanes à l’oeuvre dans les Pyrénées-Orientales, par proximité et compétitivité, inquiète de plus en plus les autorités. Déjà, en 2009, les premières secousses de la crise dans le secteur du Bâtiment avaient justifié une prise de position vigoureuse de la préfecture de Perpignan. Puis, en juin 2011, La Clau révélait que 35 % du marché de la construction en Pays Catalan bénéficie à des entreprises sud-catalanes. Mais au-delà, les données officielles restent limitées, tandis que se développe le cliché du « maçon espagnol« . Cependant, le 12 août 2012, l’Inspection du travail des Pyrénées-Orientales indiquait dans les colonnes des Journaux du Midi que deux tiers des entreprises espagnoles présentes dans les Pyrénées-Orientales ne respectent pas la législation française : les « déclarations de détachement », permettant aux sociétés de droit espagnol d’employer leurs propres ouvriers en territoire français, sont visées. Souvent, les salariés des environs de Figueres vivent l’Europe spontanément, d’un simple trajet en voiture. Mais le décalage avec la France repose surtout sur la flexibilité et le maintien du salaire minimal espagnol malgré une activité en Roussillon.

Cette tendance lourde, qui démontre un retour historique d’imbrication des économies nord et sud-catalane, à la barbe des législations, s’aggrave encore, les faits démontrant que les appels d’offre lancés par les mairies et autres collectivités des Pyrénées-Orientales sont régulièrement remportés par des sociétés de BTP sises dans la province de Girona. L’avantage concurrentiel de ces dernières, soutenu par des salaires moindres et une capacité de travail dépassant les 35 heures à la française, les situe hors concours, dans une « concurrence déloyale » dénoncée par Jean-Jacques Planes, président de la Fédération Départementale du Bâtiment et des Travaux Publics.

La CGT s’en prend à l’Union européenne

La CGT s’est exprimée sur ce sujet, le 13 août, en dénonçant la présence d’entreprises de BTP sud-catalanes en Roussillon comme le « résultat direct des politiques antisociales de la Commission Européenne qui a fait revenir les néfastes directives Bolkestein par la fenêtre de « la concurrence libre et non faussée ». L’image du plombier polonais signe ainsi son retour, sous une autre nationalité et un autre métier, mais « certaines entreprises du bâtiment des Pyrénées-Orientales se servent aussi de la situation », d’après la CGT. L’entorse au droit français reposerait sur du travail dissimulé, un non paiement du Smic et des défauts d’affiliation. Fondant son argumentaire sur le socle de la stricte légalité, la CGT souhaite que « le droit du travail français soit simplement appliqués en France ».

Les entreprises sud-catalanes, 23 % moins chères

La résorption du problème est épineuse, car, selon les indications que les chiffres fournis par les syndicats patronaux UPE 66, de Perpignan, et PiMEC, de Girona, le différentiel entre les deux territoires, obtenu par comparaison des niveaux de fiscalité, des charges patronales et des cotisations sociales, égale 23 %, au bénéfice du Sud. Or, les prix cassés et les facilités du Sud font le succès des entreprises incriminées face à leurs homologues nord-catalanes, le client fût-il public et français. Dans une Europe ouverte, le défi qui se présente serait de juguler le mouvement, qui constitue un casse-tête, d’autant que les prix français, logiquement supérieurs de 23 % en Catalogne du Sud, empêchent toute pénétration des entreprises du BTP nord-catalanes sur le marché immobilier de Figueres, Roses ou Lloret de mar.

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