Langue

Le débat engagé sur l’avenir territorial de la Catalogne connaît une nouvelle escalade de tension politique entre les gouvernements catalan et espagnol. Dès le mois de mars 2009, nous rendions compte d’un conflit naissant, sur fond de financement, entre Barcelone et l’exécutif du premier ministre d’alors, le socialiste José Luis Rodríguez Zapatero. Depuis, la stratégie politique madrilène consistant à brider le nouveau Statut d’Autonomie catalan approuvé par référendum en 2006, a engendré la progression d’un sentiment indépendantiste, auparavant très militant. Parmi les premiers actes forts de l’année 2014 figure la prévision d’un référendum sur la souveraineté catalane, dont la data a été annoncée par surprise, le 13 décembre 2013, par le président catalan, Artur Mas. Cette consultation, soutenue par les formations politiques Convergence et Union (CiU), Gauche Républicaine de Catalogne (ERC) et les Candidatures d’Unité Populaire, soit 66% des 135 sièges du Parlement catalan, déchire le Parti des Socialistes de Catalogne (PSC), dont trois députés la soutiennent, contre la ligne officielle. Pour éteindre l’incendie, le Partido Popular organisait une convention nationale espagnole, le 25 janvier, en présence du premier ministre, Mariano Rajoy, et d’un parterre ministériel. En conclusion, la présidente du parti en Catalogne, Alícia Sánchez-Camacho, osait une erreur scientifique en estimant que ce territoire « mérite ce qu’il a toujours été : une partie de l’Espagne ».

Tutelle de Madrid, forces armées et recentralisation

La tension exprimée entre les deux parties, unionistes et indépendantistes, s’est agrémentée ce 28 janvier d’une nouvelle prise de position de Mme Camacho, dont le parti gouverne l’Espagne tout en étant minoritaire en Catalogne. Selon cette proche de M. Rajoy, la mise en place du référendum sur la souveraineté provoquera l’interdiction de l’autonomie catalane, selon l’article 155 de la Constitution espagnole. Cette mesure grave sera appliquée si une « ligne rouge », est dépassée, selon Mme Camacho, répondant à Artur Mas, qui a confirmé la consultation, le 25 janvier, et insisté sur son caractère « légal ». La radicalisation en cours est complétée par l’insinuation de l’ex-colonel de l’Armée de Terre Amadeo Martínez Inglés, auteur d’un texte certifiant que de « hautes sphères des Forces Armées espagnoles » disposent de « plans élaborés, connus de M. Rajoy, afin d’intervenir » en Catalogne. Déjà, en décembre 2012, naissait l’idée d’une mobilisation armée, puis, le 9 janvier dernier, le ministre de la Défense, Pedro Morenés, affirmait que les militaires s’inquiétaient que plusieurs partis politiques catalans « puissent remettre en question une valeur aussi essentielle que l’unité de l’Espagne« . Dans ce cadre de plus en plus tranché, un nouveau parti politique baptisé « Vox« , qui défend la suppression des parlements autonomes du territoire espagnol, a vu le jour le 17 janvier. Ce projet de recentralisation, révélateur d’un état d’esprit, renvoyant au régime totalitaire du général Franco, certains observateurs alarmistes estiment que le processus vers l’indépendance catalane ne sera pas exempt de sang.

Partager

Icona de pantalla completa