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L’action militante visant à ôter les blocs rocheux obstruant la route Banyuls-Espolla a été prestement effacée par les autorités de l’État. Cette opération avait été menée dimanche 28 novembre en matinée par “Obrim passos”, Collectif pour l’Ouverture des Passages Frontaliers. Sans aide mécanique, une trentaine de personnes ont retiré cette barrière pesant plusieurs tonnes. Ce mardi 30 novembre, les services techniques de la Ville de Banyuls-sur-Mer, sur ordre de la préfecture des Pyrénées-Orientales, ont procédé à une nouvelle “fermeture” de la route du col de Banyuls, à 355 m d’altitude, en y disposant cinq nouveaux blocs. Tout connaisseur des lieux constate sans effort qu’il s’agit d’une mesure symbolique, car le passage reste parfaitement possible, notamment à pied.

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Dans un communiqué, le collectif fait part de « l’indignation des habitants de l’Albera et de La Marenda qui utilisaient la route pour leur déplacements de voisinage”, et se déclare solidaire de “ceux dont ce blocus impacte sur l’activité économique ». Il dénonce le choix “arbitraire” qui consiste à refermer une vieille frontière, selon la seule volonté du gouvernement français.

La fermeture, la réouverture et la re-fermeture du col de Banyuls semblent constituer une information délicate, car elles ne sont ébruitées par aucun grand média français. La rapidité de la réaction préfectorale interroge, au regard de l’enjeu dérisoire du sujet. En effet, la fermeture n’est pas réelle, car l’ensemble de la montagne environnante constitue un passage naturel. Au XIX et au XXe siècle, cette porosité a donné lieu à une économie fondée sur une contrebande notoire : denrées alimentaires, gramophones et autres objets, venant de Catalogne du Sud, ont ainsi rejoint la Catalogne du Nord.

Même la police reconnaît l’inefficacité des blocs

Dans les Pyrénées-Orientales, la fermeture administrative de plusieurs points de passage France-Espagne est appliquée officiellement pour lutter contre l’immigration clandestine en lien avec la menace terroriste. Interrogé le 16 novembre par France Bleu Roussillon, le secrétaire adjoint du syndicat de police Alliance à Perpignan, Marc Defresnes, expliquait l’évidence : « au niveau du col de Banyuls par exemple, les trafiquants se passent le mot. En venant d’Espagne, ils savent qu’ils peuvent déposer des personnes en situation irrégulière devant les blocs de béton si une autre voiture les attend de l’autre côté. Ils savent qu’il n’y a personne pour les contrôler ».

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