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Dans le monde du silence qui caractérise la lutte antiterroriste espagnole, une révélation laisse entendre la crainte gouvernementale d’une résurgence de l’ETA. Pourtant, deux cessez-le-feu ont été observés par l’organisation terroriste basque en septembre 2010 et en janvier 2011, avant un abandon définitif de l’action armée communiqué en octobre 2011 et confirmé en juillet 2012 par cette armée clandestine, responsable de la mort de 829 personnes depuis sa création, en 1959. Mais le 27 mai 2013, le procureur général de l’Etat espagnol, Carlos Bautista, affirmait l’existence d’un dossier du ministère de l’Intérieur stipulant une scission de l’ETA, préalable à un retour aux armes. Le ministre de l’Intérieur, Jorge Fernández Díaz, a promptement démenti cette possibilité de séparation, qui dégagerait la gauche indépendantiste basque, incarnée par les formations Bildu, Amaiur et Sortu, de toute accointance militaire. Une première ETA condamnerait enfin les attentats passés, favorisant ainsi le rapprochement ou la libération de militants emprisonnés, tandis qu’une ETA bis reprendrait la violence.

Une partie de l’ETA serait contraire à la voie démocratique

Un retour aux armes était insinuée fin mars dans un communiqué de l’ETA actuelle, qui avertissait de « conséquences négatives » suite au refus du gouvernement espagnol de Mariano Rajoy de négocier l’avenir politique du Pays Basque. Selon la police nationale espagnole et l’agence Europol, ce recul dans le processus de paix est envisageable, tandis que la Guardia Civil et les services secrets espagnols penchent pour l’issue officielle, ministérielle. Selon un autre schéma, la scission serait due à des dissensions entre une partie de l’ETA favorable à la voie intégralement démocratique, représentée par Bildu, tandis qu’une autre souhaiterait maintenir la pression dans la clandestinité, en employant le procédé de guerre.

Pour l’Espagne et les Etats-Unis, l’ETA reste une menace

En traduction apparente, le Conseil des ministres, à Madrid, a approuvé le 31 mai une nouvelle Stratégie de Sécurité Nationale, adaptée au sommeil de l’ETA. Selon ce texte, l’exécutif espagnol continue de considérer l’organisation terroriste comme une menace, la vice-présidente du gouvernement espagnol, Soroya Sáenz de Santamaría, estimant que « En attendant la dissolution, nous devons agir sans cesse, jusqu’à la disparition de l’ETA. Cette tâche inquiète et mobilise les forces nos forces de sécurité ». Pour sa part, le gouvernement fédéral américain maintient l’ETA dans son rapport 2013 sur les groupes terroristes mondiaux. où il précise que l’Espagne « reste confrontée à la menace que constitue le groupe terroriste local ETA, tout comme Al Qaeda représente une menace transnationale ».
Mais la lutte antiterroriste espagnole, confiée à un Département d’Etat de la Sécurité Nationale créé en juillet 2012, se heurte à d’innombrables renaissances de l’ETA, malgré de multiples arrestation de cerveaux présumés depuis plus d’une quinzaine d’années. Parmi les éléments récents tendant à confirmer une continuité de l’organisation, le vol d’un véhicule en avril 2013 à Argelès-sur-mer, en Pays Catalan, imputé à l’appareil logistique de l’organisation, n’a pas été démenti par les autorités.

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