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Un nouvel éclairage est donné à compter de ce samedi sur le douloureux épisode de la Retirada, qui a comporté le repli en territoire français de 500.000 républicains espagnols chassés par la régime de Franco. Ce fait historique, survenu il y a tout juste 72 ans, en janvier et février 1939, est remémoré sous la forme d’une exposition d’art abritée par le Musée Mémoriel de l’Exil (MUME), installé au coeur du village de La Jonquera, en marge de la furie commerciale. L’artiste sud-catalan Josep Subirats, qui a séjourné entre 1939 et 1940 dans le camp de concentration du quartier du Champ de Mars de Perpignan, puis dans celui de la plage du Barcarès après un passage au camp d’Argelès, a joué involontairement le rôle de « photographe » du calvaire vécu par ses concitoyens comme par lui-même. Quasi-inconnu, cet artiste était affichiste au service du service de propagande du gouvernement de Catalogne républicain, la « Generalitat Republicana », qui a fonctionné de 1931 à 1939. Lors de son internement en Roussillon, il a eu l’occasion de dessiner et peindre les scènes ordinaire de la vie des camps, dans un réalisme surprenant.

Ces périmètres encadrés de barbelés, dont le plus célèbre est aujourd’hui celui de la commune d’Argelès, sont devenus sobrement, au fil des décennies, des « camps d’internement », des « camps de transit » ou de « séjour », et le plus souvent des « camps » tout court, selon une discrétion coupable, aujourd’hui questionnée. L’exposition, visible jusqu’au 27 février, est abondamment promue en Catalogne du Sud, en particulier dans les circuits médiatiques de Girona et Figueres. Bien qu’elle concerne autant les Pyrénées-Orientales que l’Histoire de France, cette illustration concrète, parfois non dénuée de charme, des années noires du XXe siècle, n’est pas visible sur ses propres lieux d’inspiration. Au contraire, elle s’affiche en territoire espagnol, dans un devoir de mémoire intimement lié, à l’identique de la tragédie d’autrefois, à la logique des frontières.

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