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L’agenda de la construction d’un second centre pénitentiaire en Pays Catalan prend-il un retard comparable à celui des déviations de la RN116, du TGV Perpignan-Barcelone ou du tronçon Perpignan-Montpellier ? Depuis le premier engagement du gouvernement, en octobre 2018, ce projet est régulièrement reporté. Il était attendu pour 2023 dès sa première évocation par le ministère de la Justice, et, en janvier 2019, il était même question de 2022.

La nouvelle réalisation doit désengorger la prison de Perpignan, conçue pour recevoir 537 détenus mais en hébergeant plus de 800. Celle-ci deviendra exclusivement une maison d’arrêt, tandis que le deuxième établissement, prévu à Rivesaltes, recevra des détenus de longue durée.

Parmi les éléments ralentissant le dossier, l’été 2020, l’identification d’un oiseau rare, le Burhinus oedicnemus dans la zone du Mas de la Garrigue, qui est le lieu envisagé, s’est invitée dans le débat général. En janvier 2021 a éclos la question du voisinage, car la prison en projet jouxtera la bassin d’épuration de la Cave coopérative Arnaud de Villeneuve (240 vignerons et 3,5 millions de bouteilles produites par an). Une banderole “La prison ici, c’est non” a pris place sur le rond-point d’accès à la cave et la colère a grandi lorsque l’Agence publique pour l’immobilier de la justice (APIJ) a validé cette implantation. Pour se faire entendre de l’Etat, les coopérateurs ont déversé un chargement de rabasses et de roche face à la préfecture des Pyrénées-Orientales, à Perpignan, le 17 juin.

L’été et les vendanges ont démobilisé les opposants, qui ont abandonné leur idée de mener plusieurs recours en justice contre l’implantation. Parallèlement, l’augure de l’arrivée d’une nouvelle population de 300 familles entourant les fonctionnaires pénitentiaires séduit la mairie de Rivesaltes, partenaire du projet aux côtés de Perpignan Méditerranée. Désormais, l’administration est en mesure de maintenir son choix initial.

La consultation des entreprises est engagée

Le 18 octobre, l’APIJ a publié l’avis d’appel public à la concurrence , adressés aux entreprises, qui contient les caractéristiques de construction de la future prison. Elle exige un “traitement paysager spécifique (…) au niveau de l’espace situé entre la cave et le centre de détention”, preuve de la prise en compte d’une partie des griefs viti-vinicoles. Les candidats sont invités à bâtir un centre de détention de plus de 30 000m², pour 515 nouvelles places, sur un budget prévisionnel de 142 millions d’euros.

Sur 15 hectares ceinturés par un mur de 6 mètres de hauteur, la future prison pourrait accueillir jusqu’à 500 détenus. Elle contiendra des studios réservés aux familles. Un glacis de 20 mètres de large, entre les deux murs d’enceinte, empêchera les projections d’objets depuis l’extérieur.

La pilule est passée

Cette nouvelle étape, déterminante, précède une enquête lors du premier 2022, l’attribution du marché au 2e semestre et le lancement du chantier début 2024. Le site serait ainsi opérationnel en 2026, dans le meilleur des cas. Parmi les craintes des dirigeants de la cave Arnaud de Villeneuve, le futur flux de 400 véhicules par jour fait partie des aspects à négocier avec l’administration, mais, globalement, la pilule est passée.

Une seconde prison considérée comme secondaire

En dépit du déroulé annoncé sur le papier, un nouveau retard est possible dans la réalisation de ce centre pénitentiaire de la vallée de l’Agly, car, parmi la douzaine de nouveaux établissements que le ministère de la Justice s’est engagé à ouvrir d’ici 2027 en France, la seconde prison du Roussillon figure en dernière position. Elle n’est pas un considérée comme un enjeu majeur pour l’Etat, qui souhaite créer 15 000 places de prison supplémentaires à brève échéance.

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