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Les propos récents du premier secrétaire du Parti Socialiste, Harlem Désir, au sujet de la position française lors de la Retirada de 1939, irritent l’association pour le Souvenir de l’Exil Républicain Espagnol en France (ASEREF). Dans un vif communiqué intitulé « Harlem Désir veut réécrire l’Histoire », ce collectif condamne une intervention tenue sur France 2 le 21 janvier 2013, lors de laquelle l’ancien président de SOS Racisme a cité la « solidarité de la France » reçue par « des Espagnols ou autres ». Mais cette affirmation déplacée, relevant de l’ignorance et non de la mauvaise intention, s’avère objectivement révisionniste. Alors que la réalité des camps d’internement réservés dès 1939 aux réfugiés espagnols en Roussillon peine à être révélée par l’Histoire officielle française tout en trouvant avec Internet une diffusion nouvelle, le sentiment d’individus « soulagés » et « reconnaissants » mis en avant par Harlem Désir fait l’effet d’une bombe.

Pour l’ASEREF, il s’agit d’une « volonté au plus haut niveau de l’Etat de nier certaines pages honteuses pour la France », car, si le Pays Catalan de France a été le théâtre du premier déplacement de populations du XXe siècle, un voile persiste sur cet épisode. L’association, qui emploie la terminologie officielle de « camps de concentration », rappelle que le gouvernement de gauche d’Edouard Daladier « enferma des dizaines et des dizaines de milliers de républicains espagnols », avant la création de fiches sur ceux qui ont séjourné à Argelès-sur-mer, Saint-Cyprien, Perpignan ou le Barcarès, « récupérées ensuite par Vichy pour faire déporter les espagnols vers l’Allemagne nazie ou les renvoyer chez Franco ».

Jacques Cresta : « pas fiers de cette République »

Face au caractère explosif de la situation, le député socialiste des Pyrénées-Orientales, Jacques Cresta, a réagi le 25 janvier en s’adressant directement au fauteur. Le parlementaire a rappelé par communiqué que, l’hiver 1939, « plus de 500.000 réfugiés républicains, des familles, des enfants en bas âge, des vieillards, ont passé les Pyrénées, la très grande majorité à pied, pour fuir le régime franquiste ». Le vice-président de la Région Languedoc-Roussillon a également cité le sort réservé à ces déplacés, au nombre de « 330.000 dans les Pyrénées-Orientales », qu’il a décrit comme « parqués » dans des camps de fortune, sous la surveillance de « Gardes Mobiles de l’Etat Français ». M. Cresta a même osé la phrase « nous ne pouvons pas être fiers de cette République, qui a si mal traité ces réfugiés ».