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Le vendredi 29 mai 2015 correspondra au dixième anniversaire des émeutes de Perpignan, déchaînement urbain intervenu suite à deux agressions. Le 22 mai dans le quartier Saint-Jacques, le jeune Mohamed Bey-Bachir était battu à mort par un groupe d’hommes gitans. La rumeur d’une opération de vengeance circulait dès le lendemain, puis une marche silencieuse rassemblait 5000 personnes, le 28 mai. Le 29, le quadragénaire Driss Ghaïb été abattu par son rival amoureux Guillaume Naudi, quartier Saint-Matthieu. L’addition fortuite de ces deux faits graves, dans les deux quartiers les plus défavorisés de la capitale du Roussillon, a suscité la fausse rumeur de motivations à composante ethnique. Cette erreur d’interprétation, un dimanche d’élections sur le projet de Traité Constitutionnel européen, n’a pas été identifiée à Paris, dont les images en boucle de voitures en feu ont augmenté la fièvre perpignanaise. Le bilan officiel de cet épisode de violence historique rend compte de 300 commerces saccagés et 50 véhicules incendiés, par une rage masculine inédite en Pays Catalan. Dès le 30 mai, le président Nicolas Sarkozy venait à Perpignan et déclarait « je ne tolérerai pas les comportements des voyous».

France 2, le 30 mai 2005

Mairie, Etat : 10 ans de prise en main administrative

Après l’hébétude des responsables politiques des Pyrénées-Orientales et des autorités préfectorales, les émeutes de Perpignan ont rapidement disparu des analyses. Dès 2007, la construction de la mémoire récente par l’action médiatique effaçait les faits du Roussillon. Les émeutes des banlieues françaises, débutées le 27 octobre 2005 à Clichy-sous-Bois, ont largement pris le pas sur le phénomène du Roussillon, aux causes spécifiques. Mais en réplique administrative, le maire Jean-Paul Alduy inaugurait une mairie de quartier en décembre 2005, à Saint-Jacques, puis en 2007 une Maison d’accès au droit, au service des habitants. L’Etat s’est manifesté par l’octroi d’une Zone de Sécurité Prioritaire (ZSP) en 2012, mais sur insistance du maire UMP, Jean-Marc Pujol, auprès du ministre de l’Intérieur PS, Manuel Valls. Le tabou a semblé persister sur l’évocation des faits du 29 mai 2005, mais l’Institution a agi, parallèlement aux effondrements d’immeubles signifiant l’existence de deux mondes, parfois deux continents à Perpignan et autant de sociologies disparates. Décembre 2014 a été l’occasion d’annoncer une aide de 20 millions d’euros au même quartier dans le cadre du Nouveau programme national de renouvellement urbain (NPNRU), suite notamment au lobbying du député PS Jacques Cresta. Mais une nouvelle fois, à la faveur de la distance, Saint-Jacques était qualifié comme jamais, en décembre 2015. Le Journal du Dimanche évoquait sans détours un «Ghetto», puis nos propres calculs signalaient à Saint-Jacques des revenus médians inférieurs à ceux du Congo. L’action positive persiste à l’image du retour de l’Université de Perpignan en bordure du quartier Saint-Jacques, soit 500 étudiants en 2017. Dix longues années après les émeutes, l’autorité prend les maux à la racine, dans l’espoir d’éloigner les démons communautaires.

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