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La compréhension des réalités économiques sud-catalanes depuis l’étranger suscite parfois des interprétations et analyses tronquées, qui irritent certains esprits sud-catalans. Ainsi, alors que la Catalogne du Sud évolue dans un panorama de hautes disparités parmi les 17 Communautés Autonomes espagnoles, dans une marge de manoeuvre supérieure à celle des régions françaises, l’association Emma proteste contre l’Agence France Presse (AFP). Cette organisation, attachée à l’idée que les Catalans soient « connus dans le monde pour ce qu’ils sont et non pas pour ce que l’on dit qu’ils sont », s’affaire à « répondre aux interprétations biaisées données sur les Catalans par la presse internationale ». Dans une prise de position en langue française, communiquée le 23 août, ce service de veille s’en prend à l’agence hexagonale, qui a nourri un article du journal Le Monde en date du 21 août. Les régions ibériques y sont citées, sans nuances entre elles, comme « principal facteur de risque » pour le déficit public espagnol. L’association protestataire juge que l’AFP, qui rédige la plupart de ses dépêches depuis Madrid, commet une « grave erreur » en ne distinguant pas les « régions » , dont la Catalogne, qui sont « contribuables nettes au budget de l’État » espagnol. Emma leur juxtapose l’Andalousie, parmi d’autres régions qui « vivent grâce aux sommes que l’État leur verse après les avoir prélevées aux premières ». Le collectif effronté souhaite que les journalistes de l’AFP « se renseignent mieux » et insistent sur ce contexte, opposé aux perceptions françaises. En effet, la décentralisation à l’européenne, renforcée en Espagne et plus encore en Catalogne, se situe aux antipodes du modèle français, centralisé malgré la décentralisation. Le dernier statut d’autonomie catalan, approuvé en 2006, contient même certains atours étatiques pour la Catalogne, notamment économiques, inimaginables en République Française. Dans ce sens, le collectif précise que l’apport catalan annuel au budget espagnol, qui « ne lui est pas retourné sous forme de services à la population ou d’investissements », atteint 8,4 % du PIB sud-catalan. Dénonçant en cela un « vrai pillage », l’association précise qu’une rétribution modérée, de l’ordre de 4 %, permettrait à la Catalogne de résorber aisément sa dette « et même être excédentaire ».

Cette attaque d’un nouveau genre semble manifeste une tension, car l’actualité de la crise espagnole, largement médiatisée dans le monde, dessert l’image de la Catalogne. En effet, en marge d’un taux de chômage explosif de 22 %, pour 24 % dans l’ensemble de l’Espagne, le PIB catalan par habitant reste supérieur à la moyenne européenne, à l’inverse du PIB moyen espagnol. Sur ce critère, la Catalogne est comparable à l’Allemagne, tandis que son PIB global est égal à celui de la Finlande.

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