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A l’identique des périmètres délimités par les dealers de drogue urbains, dans un partage d’espace commercial pour produits illicites, la prostitution routière fait l’objet d’une répartition territoriale. Le phénomène de vente de charmes féminins actuellement en vogue dans la province de Girona, en périphérie des villes de Figueres, La Jonquera ou encore La Bisbal, présente en effet une évolution sordide. Confortée par la crise et le développement d’une certaine prostitution low cost, cette tendance s’organise depuis plusieurs mois par secteurs, selon une information divulguée la semaine dernière par la police catalane, les Mossos d’Esquadra. Plus concrètement, cette distribution des zones de travail, aux mains de proxénètes, était déjà repérée sur plusieurs dizaines de tronçons de routes. Le mois dernier, une bande organisée, d’origine albanaise, a été interceptée au motif de la mise à disposition, auprès de plusieurs proxénètes, de véritables locations d’espace, chiffrées à 150 euros la journée. En 2010, à Barberà del Vallès, dans la banlieue de Barcelone, ces concurrences territoriales ont même été à la source d’un assassinat.

Cette bataille nouvelle est également présente sur les ronds-points de la zone commerciale de La Jonquera, par l’intermédiaire d’individus que les autorités classent au rang de « potentiellement mafieux ». Ce système devient souvent humiliant pour les agents, qui procèdent régulièrement à des arrestations de prostituées de plein air, mais assistent continuellement à l’arrivée de nouvelles prestataires, discrètement placées par de nouveaux commanditaires. Selon une estimation établie le mois dernier, les carrefours giratoires situés aux abords de la tristement célèbre Jonquera se monnaient actuellement autour de 2000 euros mensuels.

Devenus des zones d’exploitation commerciale comparables à celle que la tradition réserve aux activités licites, ces lieux visibles des automobilistes deviennent de fait des vitrines de chair, plus ou moins bien placées. Cependant, à ce jour, les indignations morales et les dispositifs de réduction de la prostitution exposée, n’ont donné aucun résultat probant, en dépit des intentions manifestées en mars dernier par le gouvernement catalan, pour l’heure impuissant face à cette inquiétante réalité.

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