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Le pic de Bugarach, point culminant du massif des Corbières parfaitement visible du Roussillon, confirme depuis plusieurs années sa célébrité ésotérique. Ce secteur languedocien comporterait, selon les partisans de la théorie de l’apocalypse, une puissance énergétique apte à protéger des effets de la « fin du monde ». Cette échéance fantasque, prévue pour le 21 décembre 2012, est devenue une source de commerces en tout genre et d’articles de presse à l’échelle mondiale, octroyant au pic une notoriété jusque-là limitée aux chercheurs de champignons et aux randonneurs. Le filon économique, fortement lié à Internet et à plusieurs reportages de télévision, est soutenu par un compte à rebours jusqu’à la date fatidique. Mais l’avalanche d’informations est telle que Bugarach, après la période de surprise et de méfiance face à de nombreux visiteurs, souhaite désormais capitaliser sur cette nouvelle aura.

La mission contre les sectes, mobilisée

Sur le modèle de « Perpignan, centre du monde », d’après l’idée ancée par Salvador Dalí, sans fondement sérieux mais avec une bonne puissance communicative, le maire de Bugarach, Jean-Pierre Delord, accepte l’image de sa commune. Le 21 juillet, il précisait ainsi « Je serais l’idiot de service si je ne capitalisais pas là-dessus. On est en train d’écrire l’histoire à venir ». Pour devenir une nouvelle destination touristique concertée, la commune devra composer avec une image irrationnelle, mêlant une inversion des pôles, une présence d’OVNIS, un tombeau du Christ ou un trésor des Templiers cachés, les prophéties du calendrier maya et des menaces de sacrifices humains, signalées à la police. Ce statut inédit pour le village aux 194 âmes, coincé entre la Catalogne du Nord et le Pays Cathare, exigera de mixer une dose de surnaturel et d’éléments tangibles dans l’ingénierie touristique, au risque du discrédit. Déjà, la Mission interministérielle de lutte contre les sectes, en surveillance dans la région du Vallespir, propice à attirer des croyants en apocalypse, scrute Bugarach, qui a reçu 20.000 visites en 2011. Dans ce volume, la proportion de profils sectaires est difficilement quantifiable.

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