Langue

Comme il l’a fait savoir en décembre dernier, l’Etat espagnol souhaite mettre fin à l’immersion linguistique en langue catalane, introduite depuis 1983 dans l’ensemble des établissements scolaires sud-catalans. Cette décision du « Tribunal Suprême » prévoit l’introduction du castillan comme « langue véhiculaire » dans le système éducatif catalan, et doit prendre effet dans quelques semaines. Mais la mobilisation grandit depuis la semaine dernière face à cette résolution, consécutive de la plainte déposée par trois parents d’élèves. Le gouvernement catalan, sommé de proposer l’enseignement général en langue espagnole, en parallèle au catalan, voit dans cette mesure une atteinte profonde à un modèle d’intégration en vigueur depuis près de 30 ans.

Depuis plusieurs jours, une mobilisation s’illustre sur les réseaux sociaux Facebook et Twitter, où abondent plusieurs dizaines de milliers de commentaires défavorables à la décision madrilène. Dans ce même sens, ce lundi, 500 personnes ont occupé le centre-ville de Girona, dans un œcuménisme certain, le maire centriste et nationaliste catalan, Carles Puigdemont, étant présent aux côtés de Pia Bosch, son opposante socialiste. Plus généralement, des villes de Tarragona à Barcelone, jusqu’à Lleida et Girona, l’ensemble des partis politiques représentés au Parlement de Catalogne manifeste leur soutien. La seule exception revient au très droitier Partido Popular, qui appuie ouvertement, une re-centralisation de l’Espagne, en accord avec le Parti Socialiste Ouvrier Espagnol de José Luis Rodríguez Zapatero. Pour sa part, le vice-présidente catalane, Joana Ortega, en déplacement en Israël dans le cadre de la Conférence de Coopération Économique Régionale du pays, déclarait ce même lundi « la langue fait partie de la colonne vertébrale de la Catalogne en tant que pays ».

Le sujet linguistique catalan, pierre d’achoppement avec l’État espagnol, semble comparable à la configuration du Québec, territoire englobé dans une réalité anglophone, mais détenteur d’une richesse francophone, que certains souhaiteraient préserver au nom de la diversité. Dans les faits, cependant, l’ensemble des enfants sud-catalans manient le castillan, acquis dans la société et à travers les médias. Au delà, le fossé entre Barcelone et Madrid se creuse à vue d’oeil, notamment chez les sages : Jordi Pujol, ancien résistant contre le régime totalitaire du général Franco, signalait ainsi, il y a 15 jours à Prades, l’imminence d’un « choc de trains » entre la Catalogne et l’Espagne. Par ailleurs, l’idée d’un handicap lié à la connaissance du catalan seul est balayée par le gouvernement de Catalogne, qui renforce la présence précoce de l’anglais dans les écoles, tandis qu’une chaîne de télévision catalane en langue anglaise est envisagée. Il s’agirait ainsi, dans une stratégie inadmissible par l’État espagnol, de connecter directement la Catalogne au monde, en évitant le sas espagnol.

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