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La multiplication des blogs citoyens et politiques marque durablement la décennie dans les Pyrénées-Orientales, où ces publications, souvent individuelles et empiriques, tendent pour certaines à remplacer le courrier des lecteurs de la presse traditionnelle où à héberger les informations que celle-ci élude. La capitale du genre est Saint-Cyprien, dont les malversations variées résumées en « affaire Bouille » ont fait naître une myriade de blogs, parmi lesquels Saint-Cyprien my darling et Association des Contribuables de Saint-Cyprien. Mais la souplesse technique et la gratuité de ces outils peuvent rendre vulnérables leurs animateurs, proches de la chose politique. L’auteur du blog des contribuables a ainsi fait l’objet, en août 2012, d’une condamnation en justice, confirmée en janvier 2013, après avoir injurié le maire, Thierry del Poso, par clavier interposé. A l’inverse, en décembre 2009, ce dernier avait fait l’objet d’une plainte pour menaces déposée par l’auteur d’Un autre Saint-Cyp, surnommé le « Blog de Bernard ». Un climat politiquement détestable s’est ainsi installé dans la commune littorale à la faveur d’une technologie accessible, qui occasionne des pressions électroniques. Dans la même ville, Ensemble pour Saint-Cyprien est un autre canal d’information qui relaie les prises de position d’une association du même nom, présidée par l’ancienne candidate UMP aux municipales de 2008, Claudette Guiraud, détentrice de son propre blog et partante pour le scrutin de 2014. Un dernier blog, au ton débridé », est celui de Pugnace, groupe d’opposition municipale qui dénonce une « perversion de la démocratie locale ». En marge de quelques dérapages, l’intérêt des blogs repose sur la mise en ligne de documents relatifs à la vie municipale et au cadre légal. Rares sont les documents à tendance « Wikileaks », mais la simple diffusion de l’ordre du jour des conseils municipaux remplace souvent une communication institutionnelle défaillante. Dans d’autres cas, l’obsession du commentaire dépasse le besoin d’une démocratie de qualité et donne lieu à une véritable traque de l’Hôtel de ville.

A Banyuls, une blogueuse relaxée par la justice

D’autres cas de blogs estimés parasitaires, ou participant d’une saine dynamisation du dialogue municipal dans les communes des Pyrénées-Orientales sont identifiés, comme « Le Citoyen barcarésien« , représentant une partie de l’opposition municipale du Barcarès et dénonçant des choix jugés inopportuns de la majorité. Egalement en bord de mer, « Agir pour Port-Vendres » dénonce les stratégies immobilières de la majorité municipale, à l’identique de « Catalogne selon Margarida« , à Banyuls-sur-mer. La rédactrice de ce blog a été visée en 2010 par le maire, Jean Rède, pour « diffamation », après avoir critiqué la gestion municipale. En décembre de cette même année, le Tribunal correctionnel de Perpignan a relaxé la blogueuse, puis le maire a été débouté une deuxième fois en janvier 2012.

A Perpignan, « C’est P-O litique » contre « Ouillade »

Étrangement, la blogosphère politique de Perpignan est villageoise par son degré d’intimité aigu, qui rend difficile la compréhension de ses sites en dehors du territoire. Si l’adresse précaire « Perpignan faillite » choisit l’imprécation contre la majorité municipale, sans réelle logique, le « Politicorama 66 » de la journaliste Frédérique Michalak, du quotidien L’Indépendant, rééquilibre un paysage où éL’Archipel contre-attaque« , autre blog individuel, manie l’interview des opposants au maire. En marge, le rédacteur Fabrice Thomas, défenseur de l’information renseignée, anciennement auteur du blog « Perpignan tout va bien », est à la tête de « C’est politique« , dont l’austérité graphique doit fournir un gage de pureté à la manière du site de référence nationale Mediapart. Mais cet auteur, victime du pouvoir de l’écran, a été condamné le 18 avril à 5000 euros d’amende par le Tribunal de grande instance de Perpignan pour « diffamation et injure publiques », en décembre 2010, envers le détenteur du blog « Ouillade« , Luc Malepeyre, auquel il devra verser 1500 euros pour le remboursement des frais de procédure. Dans sa quête de « vérité », le premier des deux a semblé ignorer que la valeur légale d’Internet est celle du papier. Collaborateur pendant quelques semaines du site politique associatif L’Olivier, ouvert le 19 avril, ce justicier du web démontre que les blogs sont un pouvoir. Ce principe est celui de Tramuntana Actu, publication proche de l’UMP orthodoxe, apparue en octobre 2012 pour conforter le maire, mais limitée à convaincre ses partisans.

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