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Au détriment des buralistes frontaliers, le Sud du massif des Albères s’est transformé en un paradis pour les fumeurs nord-catalans. Mais, des deux côtés des Pyrénées persiste une exception artistique pour le tabac, qui occasionne des actes de transgression. Si, le 11 novembre dernier, Thierry Ardisson fumait un faux joint sur le plateau du Grand Journal de Canal+, loin est le temps où fumer en public était de bon ton. Il y a seulement 30 ans, Gainsbourg signait « Dieu fumeur de Havanes », et un cendrier trônait fièrement devant les présentateurs de Stade 2, sur la chaîne Antenne 2, avant que la morale bien pensante n’intervienne. Lucky Luke a troqué sa cigarette pour une brindille de paille en 1983, et la loi Evin, en 1991, a accentué la tendance. Cette année la censure s’est renforcée, à l’instar de la régie publicitaire de la RATP, à Paris, qui a supprimé, sur une série d’affiches, la cigarette de Coco Chanel. Sur ce même registre, jusqu’au 9 janvier 2011, le Théâtre Romea de Barcelone accueille une récente adaptation de « La Cerisaie » d’Anton Tchekhov, qui créée la polémique. Cette oeuvre, mise en scène par Julio Manrique, présente plusieurs acteurs dans des rôles de fumeurs compulsifs. Le geste est toujours en rapport avec la psychologie du personnage joué, mais les acteurs se voient placés en situation illégale, car la législation anti-tabac en vigueur depuis le 1er janvier 2006 en Catalogne du Sud et en Espagne interdit non seulement de fumer dans les lieux publics, mais également sur les lieux de travail. Cette posture artistique est d’autant plus saugrenue que lors de la représentation, les spectateurs fumeurs doivent s’abstenir, et seraient en droit de dénoncer les acteurs pour leur manquement à la loi. La maison de production de cette cerisaie enfumée, Focus, ne souhaite pas modifier cette caractéristique, qu’elle juge indispensable à la cohérence de l’oeuvre de l’auteur russe.

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