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Android France: « Tout est possible dans le numérique à Perpignan »
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Originaire du quartier Saint-Martin de Perpignan, Cyril Hernandez a découvert les prémisses d’Internet à 15 ans, en 1989. “J’ai demandé un accès Internet à France Telecom, qui m’a répondu de prendre un minitel”, se rappelle ce tout juste quadragénaire. Entre l’opérateur historique et ce précurseur, élève de seconde au Lycée Arago, l’abîme est profond. Intuitant l’avenir, il bricole une connexion au plus grand réseau du monde en branchant le minitel familial à son ordinateur Commodore amiga 500. Et ça marche, mais le mot “Internet” est confidentiel et les fameux “trois w” du web n’arriveront qu’en 1990. Les années passent, le jeune homme fréquente le Cyber Café de l’avenue de la gare de Perpignan, dirige les services d’informations de l’agence de communication Cobra et fonde Android France en 2008. Avec une longueur d’avance.

La Clau : Comment est né Android France ?

Cyril Hernandez : Internet s’était déjà, popularisé dans les foyers et dans les bureaux, mais moi, j’ai fait partie des très rares habitants du département qui consultaient leurs e-mails sur leurs téléphones, avec des appareils archaïques, Blackberry et Windows mobile. J’ai pris une claque en janvier 2007 lorsque Steve Jobs, le patron d’Apple, a présenté le premier iPhone, dont une amie américaine m’a fait envoyer un exemplaire. Cela intriguait, c’était presque la foire, certaines personnes voulaient toucher cet appareil indisponible en France. Mais auparavant, j’avais observé le phénomène Android des Etats-Unis et pressenti une réplique en Europe. J’ai lancé Android-france.fr 15 jours avant l’arrivée en France du premier Android, concurrent du iPhone.

Vous avez détecté un marché de l’information ?

C’est un peu ça, mais cela s’est produit de manière passionnée et spontanée. J’ai d’abord remarqué les défauts du iPhone et j’ai un peu deviné comment Google tentait de concurrencer ce système, avec Android. Au début, je diffusais des articles sur ce thème, traduits de sources américaines, puis j’ai produit des contenus propres. Avec deux amis développeurs d’Internet, Yannick Vendrell et Guy Gnakouri, de Leucate et Toulouges, nous fournissons depuis des conseils quotidiens aux utilisateurs d’Android, français et francophones. De 2000 visiteurs par jour, nous sommes passés à 15 millions de pages vues en 2013.

Quel est votre modèle économique ?

Je fonctionne en auto-entreprise mais je refuse de copiner avec les marques et à rédiger des contenus contre rémunération. Une régie publicitaire parisienne et la régie Google Ads assurent les ressources, qui atteignent jusqu’à 3000 euros par mois. J’évalue la possibilité de fonder une SARL de presse, car l’orientation que nous avons prise est la même que celle des publications classiques. Nous avons acquis un statut sérieux, les professionnels nous consultent souvent.

Tout est possible depuis le Roussillon ?

Dans le numérique, largement. Je travaille depuis mon domicile, à Villeneuve-de-la-Raho, tout en étant connecté au monde. Mais il est difficile de réunir les acteurs économiques de mon secteur, peut-être parce que nous représentons de nouveaux métiers. En étant en Roussillon, sans participer aux “soirées Champagne” à Paris, nous avons été pénalisés, mais notre constance a fini par payer.

Entretien EV.