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Les obsèques religieuses de Jordi Barre, disparu mercredi soir, se sont déroulées dans une immense ferveur, ce samedi matin en la cathédrale Saint-Jean Baptiste de Perpignan. Le plus grand chanteur du Pays Catalan a été très longuement salué par ses amis et admirateurs, ces innombrables personnes qui, un jour dans leur vie, ont partagé avec l’artiste une conversation, un instant d’échange. Selon un protocole réglé par la famille, les premiers rangs de l’assemblée étaient réservés aux proches du défunt et aux amis artistes, parmi lesquels figurait le chanteur Cali, ou encore Martial Fernandez, dernier producteur du disparu. Outre les anonymes figurait également le directeur des services territoriaux du gouvernement de Catalogne à Girona, Antoni Baulida, ou encore les chanteurs amis Joan-Llorenç Solé, Gisela Bellsolà et Stéphanie Lignon. Le président de la région Languedoc-Roussillon, Christian Bourquin, le maire de Perpignan, Jean-Marc Pujol, ou encore Jean-Paul Alduy, président de l’Agglomération Perpignan-Méditerranée, ont aussi vécu ce long instant, finalisé par un glas pesant. Ce « nang nang nang (…) de la campana que plora », cette cloche qui pleure, que décrit le texte « Toquen les hores », du poète Joan Cayrol, mis en musique par Monsieur Barre, s’est agrémenté, au terme de la cérémonie, de plusieurs séquences d »applaudissements, au son du « Cant del ocells » du compositeur Pau Casals, et de deux sardanes interprétées par la cobla Mil·lenària.

L’hommage du peuple à son représentant, dont le cercueil s’est éloigné vers une ultime cérémonie, privée celle-ci, pour la crémation du corps, s’est déroulé sous le soleil. L’air doux, en contraste avec la journée de jeudi, jour de l’annonce de la fin, lorsque le ciel de la partie Nord de la Catalogne a lui-même pleuré, a donné à l’artiste une nouvelle vie, celle de la mémoire, mais aussi de l’Histoire. Dans l’immédiat, une autre célébration aura lieu la semaine prochaine au cimetière d’Argelès, afin de rendre le créateur à son village d’origine. Si nul ne doute de l’immense portée de l’homme, dont l’oeuvre, conjuguée à l’humanité, se détache sans effort des banalités d’usage lors de la mort des célébrités, la béatification de fait semblait une évidence. Jordi Barre, l’homme du présent, qui ne cessait jamais d’évoquer l’avenir, était d’ailleurs parvenu, ces jours derniers, à vaincre sa fatigue pour écrire une ultime chanson. Les 700 présents à l’intérieur de la cathédrale de Perpignan, et touts les autres, sur son parvis et sur la place Gambetta, ont « tous fredonné », au moins une fois, les chansons du disparu, comme le ressentait M. Bourquin, jeudi, dans ses condoléances. Après ce samedi 19 février 2011, tout un pays part vers l’inconnu, avec un repère culturel, humain et « national », qui trouvera sa place dans la composition de son avenir.

Dans la famille des chanteurs catalanophones des Pyrénées-Orientales, une marque populaire considérable avait été observée en juin 1994, lors des obsèques de Joan Pau Giné, au cimetière de la ville de Bages, en présence de 500 personnes.

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