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Une grande marche sur Barcelone, organisée le 11 septembre 2012 par une fédération baptisée “Assemblée Nationale Catalane” (ANC), a mobilisé plus de jamais dans l’Histoire contemporaine. De l’avenue Laietana, en descente vers le Port, au Passeig de Gràcia, en amont de la Place de Catalogne, la ville s’est emplie de 1,5 million de manifestants, le gouvernement espagnol évaluant la participation à 600.000 personnes et les médias indépendantistes à 2 millions. Répandue sur 3 km, cette réclamation d’indépendance a ouvert la voie vers une nouvelle période pour ce territoire, dépourvu de compétentes étatiques depuis 1714, année de la chute de Barcelone face aux troupes du roi Bourbon Philippe V. Parmi une multitude d’interventions publiques, le président du gouvernement catalan, Artur Mas, déclarait sans détours “Jamais la Catalogne n’a été aussi près de sa plénitude nationale”, avant d’être invité à mener un « processus de sécession » par l’Assemblée convoquante. Cette journée a largement interpellé la presse internationale, tandis que le porte-parole de la Commission européenne, Olivier Bailly, jugeait que l’entrée d’un Etat catalan dans l’Union européenne devrait être convenue “en accord avec les traités et les conditions d’accès”, après une “demande d’adhésion ». Ce haut responsable signalait qu’une souveraineté catalane n’a “rien à voir” avec la Commission européenne mais avec l’Etat espagnol, et qu’un “processus de sécession” exigerait d’être en harmonie avec la “légalité internationale”.

L’avenir de la Catalogne est en jeu, celui de l’Espagne aussi

Le 20 septembre, l’homme de la “transition nationale”, Artur Mas, désormais conforté par la rue, s’entretiendra avec le premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, catégoriquement opposé à toute émancipation du cadre constitutionnel espagnol. Cette rencontre portera sur le “pacte fiscal” catalan, traduit par une collecte intégrale de l’impôt sur le territoire, préalablement au versement d’une contribution à l’effort national espagnol. En cas de réticence castillane, M. Mas, pour lequel “Si nous n’arrivons à aucun accord économique, le chemin de la Catalogne vers la liberté sera ouvert”, pourra jouer d’un simple chantage à l’indépendance, d’autant que la marche du 11 septembre indique une volonté populaire bien supérieure aux contingences financières, les manifestations à cette date existant depuis plus de 30 ans, bien avant la crise. Cette “souveraineté fiscale” selon M. Mas, concentrerait des moyens permettant d’accéder tôt ou tard à l’indépendance. La partie ainsi complexe pour l’exécutif espagnol, à proie à une relégation nationale consécutive de la crise, tandis que la partie la plus dynamique du pays ne veut plus en être. Cette évolution, unique en Europe, car dégagée de xénophobie, constitue un espoir de libération dans les rangs du nationalisme catalan, largement fondé sur l’inclusion des étrangers. Ce modèle, propre aux Etats démocratiques, bien en marche dans ce territoire, participe de fait à la construction catalane, irrémédiablement liée à une certaine déconstruction espagnole.

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