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L’affaire du vol de la statue de la vierge de la Soledat de Perpignan par l’ancien conservateur du Musée des Arts et Traditions Populaires de la Casa Pairal suscite un malaise municipal. Le 29 novembre, Jacques Deloncle, fils de Joseph Deloncle, personnalité incontournable jusqu’à Barcelone, se révélait être l’auteur d’une action choquante qui vaut une enquête administrative. La gestion du fabuleux patrimoine de la ville est durement mise en cause par cette situation qui justifie l’ordre intimé aux fonctionnaires, le 6 décembre, par la Directrice Générale des Services. Muriel Casgha a fermement rappelé la « discrétion professionnelle » et l’« obligation de réserve » nécessaires face à des rumeurs grossissantes. En recommandant le silence des agents municipaux sur une connaissance de « faits, informations ou documents », la DGS induisait l’existence d’informations supplémentaires.

La Loge de mer reste occupée par une simple brasserie

La haute valeur historique dépasse le fait divers à Perpignan, riche de mille ans d’histoire, en apogée entre le XIIIe siècle et le XIVe siècle en tant que capitale du Royaume de Majorque, puis cité de premier plan jusqu’au XVIIe. Ce statut transpire dans un ensemble architectural unique en qualité et quantité dans la partie Sud de la France : l’Histoire a mené Perpignan vers une certaine décadence par un changement de position géostratégique, mais l’immense patrimoine de cette capitale spirituelle de la Catalogne, jusqu’à l’annexion française, a persisté et a posé problème aux autorités de la ville. La conservation de son patrimoine, étrangère aux théories de l’architecte Viollet-Le-Duc au XIXe siècle, a souvent été anarchique au fil du XXe et liée aux initiatives personnelles de défenseurs de la catalanité, comme l’évêque Jules de Carsalade du Pont, décédé en 1932, et Joseph Deloncle, mort en 1990. Le symbole de cette déshérence est la Loge de mer, monument exceptionnel du XIVe siècle, devenu une simple brasserie après avoir été un fast-food. La richesse de Perpignan se nourrit aussi d’une multitude d’objets, dont la conservation aurait exigé un investissement massif et un inventaire scrupuleux débouchant sur un musée puissant, à rayonnement international. Le maire de Perpignan, Jean-Marc Pujol, signalait le 10 décembre le remplacement rapide de M. Deloncle, mais la tâche à effectuer dépasse le cadre d’une affaire. Après le drame, aux suites possibles une ingénierie patrimoniale ancrée dans le XXI siècle, entre culture et tourisme, serait une chance pour la ville.

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