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L’imbrication de la mairie de Perpignan dans l’ensemble de 36 communes composant l’intercommunalité Perpignan Méditerranée Métropole (PMM) crée de croissantes instabilités. Le dernier conseil communautaire, lundi 29 mars à l’Hôtel d’Agglomération, boulevard Saint-Assiscle, n’a pas été paisible. Cette session présidée par Robert Vila, maire de Saint-Estève et membre des Républicains (LR), devait faire naître une « Agence d’attractivité » au service de tout le territoire de PMM. La Ville de Perpignan et son maire, Louis Aliot, espéraient logiquement figurer en bonne place dans le pilotage de cette structure stratégique, mais les élus non-RN, c’est-à-dire l’immense majorité de la pléthore des 87 conseillers communautaires, ont opéré envers le RN un boycott qui ne dit pas son nom.

Perpignan assure 48 % des ressources fiscales de PMM

Le vote visant à désigner les 13 administrateurs chargés des destinées de l’agence a exigé trois tours, à l’issue desquels les élus de Perpignan, membres du Rassemblement national ou assimilés, ont tous été évincés, sauf Frédéric Guillaumon, 7e adjoint au maire Louis Aliot, lui-même éliminé. Cette bizarrerie est majeure, car Perpignan représente 44 % des habitants et 48 % des ressources fiscales de PMM. Les conseillers municipaux RN de Perpignan ont quitté la salle et ont fait savoir la volonté de la Ville de quitter l’agence en gestation. Lors du scrutin, Bruno Nougayrède, conseiller municipal d’opposition de Perpignan, membre de LR, a été élu, preuve formelle d’un évitement du RN, même lorsque celui-ci incarne le pouvoir de décider et, éventuellement, d’améliorer la situation économique de la plaine du Roussillon, voire du Pays Catalan dans son entier.

Cordon sanitaire autour du RN

L’étrange possibilité d’une agence publique de Perpignan Méditerranée sans Perpignan avance, preuve qu’un cordon sanitaire, solide et invisible, entoure l’extrême droite. L’ingouvernabilité qui sourd à PMM a été confirmée lors de la conférence de presse donnée ce jeudi 31 mars par Louis Aliot. 5e vice-président de PMM, le porte-parole de Marine Le Pen pour la présidentielle. Le premier magistrat a revendiqué le “rôle de locomotive” de Perpignan et a défendu une “vision territoriale pensée autour d’une ville centre”, tout en réclamant une “gouvernance politique“ dépassant les « clivages partisans”. Or, le désir d’entente de l’extrême droite avec les autres sensibilités politiques n’est ostensiblement pas réciproque. Le caractère infréquentable du RN résiste à la dédiabolisation qui devait découler de l’élection de Louis Aliot, en 2020, c’est à dire une normalisation du parti produite par l’exercice efficace du quotidien.

Un “brexit” de Perpignan ?

La situation surprenante à laquelle est livrée Perpignan, au sein du puzzle géographique de sa propr agglomération, laisse envisager une rupture. Une sortie de Perpignan de l’agence sera carrément soumise au vote du conseil municipal de Perpignan et la Ville va proposer sa propre “agence de rayonnement”, selon l’annonce de L. Aliot.

L’agence de promotion ne résume pas la globalité de PMM, mais les signaux s’allument dans une ambiance que les derniers événements rendent très électrique. L. Aliot n’exclut pas un “brexit” de Perpignan de l’agglo du Roussillon, une extravagance institutionnelle portée par le barrage général au RN : “L’hostilité de certains élus de la communauté urbaine à l’égard de Perpignan s’est accentuée depuis quelques temps”, a estimé le maire, ce jeudi 31 mars avant de parler de future “guerre de tranchées” si la situation se détériore. A terme, Perpignan semble promise à un isolement associé à une déperdition d’énergie et de financements publics, en raison d’une couleur politique qui ne serait pas économiquement à son avantage.

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