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La réunion de pré-rentrée tenue le 15 août entre François Hollande et Manuel Valls, premier Premier ministre catalan de la République française, a son avant-goût d’épreuve du feu. La déclaration du Barcelonais, qui estimait « hors de question » de changer de politique, le 17 août, fait réagir Martine Aubry, candidate malheureuse à la primaire socialiste de 2011, pour laquelle le gouvernement est « en train de faire du Monopoly ». L’austérité budgétaire française, tardivement appliquée dans un pays où la crise est intervenue tard par rapport aux Etats environnants, est visée. Car la croissance hexagonale était revue à la baisse, à 0,5 % cette année et à moins de 1 % en 2015, ce lundi 18 août, par Moody’s. L’agence de notation a salué les « initiatives » politiques menées par le couple Hollande-Valls, tout en pointant du doigt les « rigidités anciennes » du modèle français.

Le défi français de casser le moule, pour s’adapter au monde

La tentative de Manuel Valls vise à réformer le pays en transcendant les valeurs économiques de droite et de gauche. Cette attitude social-libérale, hybride voire chimérique en France, est juste européenne. Pris à partie sur sa gauche et sur sa droite, le plus centriste des Premiers ministres socialistes de la Ve République juge que les réformes « nécessitent du temps pour produire des résultats » et que le pacte de responsabilité, comportant 41 milliards d’euros de baisse du coût du travail, va « véritablement entrer en oeuvre maintenant ». Le risque politique est important, car envisager les entreprises comme des générateurs d’emploi supérieurs aux dispositifs publics est immanquablement classé à droite, dans une France où la gauche ouvrière préfère désormais l’extrême droite. Cette stratégie s’ajoute aux 50 milliards d’euros d’économies prévues, aux répercussions directes sur des dizaines de milliers d’individus, comme autant d’agents d’impopularité. Face à « certains à gauche qui tiennent des propos irresponsables », selon ses propres mots, le Premier ministre, allié des chefs d’entreprise, assure que le « pays ne se relèvera pas » si les réformes sont stoppées. Son équilibrisme résume le défi français de casser le moule pour garantir l’adéquation du pays à l’Union européenne et, par extension, au reste du monde. Manuel Valls défend le modèle français, tout en questionnant ses pivots aussi particuliers qu’handicapants. Face à cette suggestion, la fossilisation des caractéristiques françaises renforce une exception, particulièrement capitalisée par le Front National.

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