Langue

En présence de 1000 personnes venues pour l’essentiel de l’extérieur des Pyrénées-Orientales, la première réunion de campagne électorale de la candidate socialiste Anne Hidalgo, en vue de l’élection présidentielle des 10 et 24 avril 2022, s’est déroulée dimanche 12 décembre. Ce meeting entouré d’incertitudes sur la persistance de la campagne de la maire de Paris, en mauvaise posture dans les sondages, a comporté des engagements voués à servir de marqueurs d’un socialisme français en perte de repères : retraite à 62 ans (âge exact de la candidate), augmentation de 15% du Smic, hausse des salaires. La campagne d’Eric Zemmour a été effleurée par une allusion historique, selon laquelle “le langage des années 30 qui honnissait l’étranger, qui exaltait la haine des juifs”, est désormais “appliqué” aux musulmans. Le pays d’accueil n’a été évoqué d’aucune manière, cette réunion sans aucun drapeau catalan étant destinée à sa propre diffusion télé, en mode hexagonal hors-sol, et sur les réseaux.

Parmi les désirs énoncés, le projet de réconciliation de l’Hexagone avec lui-même et “l’apaisement d’une France divisée » a été prolongé de l’ambition de « réunir la France ». La proximité avec le slogan “La France unie” de François Mitterrand en 1988 n’a pas fait l’ombre d’un commentaire, pas plus que la formule “Réveillez-vous !”, également usitée, correspondant de façon fâcheuse au nom de la version francophone d’une publication distribuée quotidiennement par les Témoins de Jéhovah. Le discours de l’ancienne inspectrice du travail a également été jalonné d’une erreur concernant Léon Blum, « natif de votre région ». En réalité, la, référence socialiste recherchée était Jean Jaurès, né à Castres, dans le Tarn, tandis que le président du Conseil en 1936 et 1937 était né à Paris, a été député de la circonscription de Narbonne de 1929 à 1940.

H. Malherbe annonce… Carole Delga

Le meeting d’Anne Hidalgo a surtout comporté l’étrange assimilation du Pays Catalan à un simple hall d’aéroport. L’expression “No pasarán”, employée par la prétendante originaire de Cadix, a semblé envisager Perpignan, Céret, Prades et leurs régions comme une simple excroissance de l’Espagne, non comme un territoire singulier. La seule proximité des Pyrénées-Orientales avec le territoire espagnol, et son histoire franquiste si utile pour les luttes stratégiques, ont même tenu lieu d’identité.
Parmi les perles de ce rendez-vous figure l’énormité prononcée par Hermeline Malherbe, présidente du Conseil départemental des Pyrénées-Orientales : “Je vous demande d’applaudir très fort notre candidate… Carole Delga !”, a lancé l’élue Ch’ti en guise de soutien à Anne Hidalgo. Le lapsus était si gros que certains ont cru à un trait d’humour, pendant que d’autres partageaient silencieusement l’humiliation issue de cette maladresse irrattrapable. De drôle de meeting, peut-être pour rien, s’est tenu comme si sa principale protagoniste n’avait pas réclamé, quatre jours plus tôt, une primaire de gauche. Comme un signe de plomb dans l’aile d’une candidature dont le secret public veut qu’elle soit improbable.

Partager

Icona de pantalla completa