Langue

Après plusieurs tergiversations médiatiques et politiques, le gouvernement de Catalogne a confirmé, jeudi 14 août, qu’il invitera les électeurs à s’exprimer sur l’avenir politique du territoire. Sa vice-présidente, Joana Ortega, a indiqué sur la chaîne d’informations 324, à Barcelone, que le président Artur Mas « signera le décret convoquant la consultation, avant la Mercè », fête patronale de Barcelone célébrée le 24 septembre. Au préalable, la numéro deux de l’exécutif présentera aux partis politiques favorables à la consultation, représentés au Parlement catalan, le dispositif logistique de cette démarche. Celui-ci mobilisera 20 fonctionnaires catalans, qui en assureront la bonne marche auprès des services. Cette annonce est un défi envers le gouvernement espagnol, qui a saisi tardivement la détermination du processus, poussé par la rue.

La gauche indépendantiste met la pression

Dès le 13 août, à Talamanca, dans la province de Barcelone, Artur Mas estimait « en ce qui me concerne, il n’y a qu’un seul plan, voter ». A quatre reprises, lors d’un bref discours, il a scandé cette volonté tout en faisant référence, par défaut, à la position du premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, inflexible sur la possibilité référendaire. Mais le parti de M. Mas, Convergence Démocratique de Catalogne (CDC), se frotte à l’opposition de son partenaire de gouvernement Union Démocratique de Catalogne (UDC), majoritairement réfractaire au référendum. A l’inverse, il subit la pression de la Gauche Républicaine de Catalogne (ERC), indépendantiste, au plus haut dans les sondages. Entre alliances et fractures objectives, Artur Mas impute les « spéculations » sur l’annulation du projet à un égarement aoûtien.

Vers une crise politique majeure ?

La signature du décret catalan, issu d’une loi référendaire que le Parlement catalan doit adopter à la rentrée, sera examinée par la Cour constitutionnelle espagnole. Malgré la possible grande mobilisation populaire du 11 septembre, journée nationale de la Catalogne, l’organe étatique ne devrait pas fléchir. Son rejet du référendum devrait ouvrir une crise politique inédite, conduisant à la fin du mandat d’Artur Mas, en 2016, à des élections catalanes centrées sur la question de l’indépendance. En cas de majorité indépendantiste, le Parlement catalan serait alors mandaté pour développer un Etat, à moins que sa souveraineté ne soit suspendue par Madrid. L’annulation de l’autonomie actuelle de la Catalogne était d’ailleurs évoquée sans détours par le Partido Popular, en janvier dernier. La crise politique serait alors à son comble, l’opinion internationale probablement informée et une déclaration unilatérale d’indépendance serait parfaitement probable.

Madrid est tenté de lâcher du lest

La rencontre organisée entre MM. Mas et Rajoy, le 30 juillet, après un an d’évitements mutuels, a permis la transmission de 23 propositions pour la Catalogne, du premier vers le second. Les finances publiques, la place réservée à la langue catalane et la jonction entre le métro et l’aéroport de Barcelone résument ce pli, dont certains aspects pourraient être considérés par Madrid en 2015. Mariano Rajoy, dont l’opposition à l’indépendantisme catalan est inhérente à la fonction, a ordonné à ses ministères, le 11 août, d’étudier ces requêtes. Il ne refuse pas cette stratégie de très forte autonomie politique, sans décrochage national. Le Parti Socialiste espagnol, opposé au Partido Popular de Mariano Rajoy, soutient cette voie. Le 13 août, son secrétaire politique fédéral, Antonio Pradas, invitait Artur Mas à cesser ses « ultimatums » et M. Rajoy à suivre la « voie du dialogue ».

Partager