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A quelques semaines de sa cinquantième année, le seul ministre catalan du gouvernement français, Manuel Valls, appelé « Vals » par convenance, affiche une cote de popularité de 72%. Ce résultat est le fruit d’un sondage BVA pour la société Orange, le magazine l’Express et la station de radio France Inter, publié le 29 mai 2012. Cette enquête révèle que le représentant de l’aile droite du Parti Socialiste accomplit l’exploit d’être le seul ministre accueilli positivement par les électeurs de droite, à hauteur de 54%, tout en s’affirmant à 89% comme l’un des plus populaires auprès des électeurs de gauche. Le succès émergent du fils du peintre barcelonais Xavier Valls, établi pendant près de 60 ans à Paris et décédé en 2006, pointait le 6 mai sur une étude réalisée par Ipsos. Selon cet institut, M. Valls était envisagé comme « premier ministrable » par 26% des personnes interrogées. Par ailleurs, la « cote d’avenir » de l’intéressé bénéficie d’une croissance, parallèle à sa hausse de notoriété, selon un positionnement régulièrement affiné par l’Institut TNS-Sofrès.

Premières brumes sur le CV

Fils d’une bourgeoisie progressiste sud-catalane repliée à Paris lors du franquisme, Manuel Valls profite d’un état de grâce certain, malgré l’apparition des premières brumes. Début juin, la presse parisienne révélait son statut de conseiller municipal consécutif à l’abandon de son mandat de maire d’Evry, au sud-est de la capitale française. L’ex-premier magistrat conserve en effet une indemnité de 1.700 euros, en vertu d’un poste de « conseiller municipal délégué, chargé du projet de Territoire », qu’il occupe suite de la victoire de François Hollande à l’élection présidentielle de 2012 et à sa nomination au poste de ministre de l’Intérieur. Également conseiller communautaire à l’agglomération Evry Centre Essonne, sans rémunération à cet effet, le candidat malheureux à l’élection primaire socialiste reçoit 9940 euros en qualité de ministre, après une réduction de 30% choisie par François Hollande.

Aucun ministre catalan depuis 1957

La présence de ministres parisiens ou bretons dans les gouvernements français est une habitude transparente, mais la dernière représentation catalane dans cette sphère, avant l’arrivée de Manuel Valls, revenait à Arthur Conte. L’ancien maire de Salses été sous-secrétaire d’Etat à l’Industrie et au Commerce pendant quatre mois, en 1957. Avant lui, François Delcos avait tenu le rôle de Secrétaire d’Etat à la Présidence du Conseil en 1950 et celui de Secrétaire d’Etat au Commerce en 1951 et 1952. Précédemment, René-Victor Manaut a été Sous-secrétaire d’Etat à la Présidence du Conseil et à l’Intérieur en 1929 et 1930, Pierre Rameil assumé la charge de Sous-secrétaire d’Etat d’Enseignement Technique et Beaux Arts en 1926 et Victor Dalbiez celle de ministre des Régions libérées, en 1924 et 1925. Auparavant encore, Emmanuel Brousse était Sous-secrétaire d’Etat aux Finances, en 1920 et 1921, et Jules Pams, ministre de l’Agriculture de 1911 à 1913 et Ministre de l’Intérieur de 1917 à 1920. En 1913, Jules Pams était surtout candidat à la présidence de la République, sans succès. Mais cette tentative d’accès au sommet ne s’est jamais reproduite pour un ressortissant du Roussillon. Or, en 2012, certaines informations font état de velléités de candidature de Manuel Valls envers la présidentielle de 2017. Cette éventualité serait une manière de renouer avec la représentativité catalane au faîte de la République, dans une rupture de marginalité.