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Le sondage d’opinion publié vendredi 18 février par l’Institut IFOP est apte à renforcer l’état de fébrilité du Rassemblement national (RN), car son concurrent frontal, Eric Zemmour, candidat de « Reconquête », est donné à 16,5 %, contre 16 % pour Marine Le Pen et 15 % pour Valérie Pécresse. Le Président de la République, Emmanuel Macron, est estimé à 25 % dans cette étude dont le principal enseignement est que le candidat Zemmour devient qualifiable pour le second tour. Cet augure, à confirmer dans les prochaines vagues sondagières, sous-entend un transvasement de voix d’extrême droite conventionnelle vers le zemmourisme, dont le reste des suffrages semble devoir provenir de la droite dure, des identitaires sans attaches précises ou encore des électeurs des Républicains (LR) évitant une institution politique en débâcle.

Un “fonctionnement de secte”

La fuite de personnalités, membres ou apparentés, affaiblit et écorne l’image de RN. “Cela relève plus du fonctionnement d’une secte que d’un parti mature », décrit le transfuge Nicolas Bay au sujet des propos invariablement acerbes tenus par Marine Le Pen et Louis Aliot (maire de Perpignan) envers tous les partants. Cette déclaration prononcée le 17 février sur RMC-BFMTV révèle la crise béante de la formation née il y a 50 ans. La promesse d’Éric Zemmour de nommer Marion Maréchal comme Première ministre, en cas d’élection, est un signal fort adressé à la forteresse RN, même si la petite-fille du fondateur et nièce de la candidate n’a pas encore déclaré son soutien à quiconque.

Le possible l’effondrement du scénario Aliot

A Perpignan, la lecture des faits en cours est singulière, car la prise de la ville par Louis Aliot, aux municipales de 2020, est le fruit d’un calcul basé sur le potentiel d’extrême droite jaugé à 25% dès les municipales de 1989. Ce succès est aussi, peut-être surtout, le résultat d’un ras-le-bol du “système Alduy”, développé par l’ancien maire Paul Alduy, reproduit par ses successeurs Jean-Paul Alduy et Jean-Marc Pujol. Le maire actuel, dont la présence en Roussillon est stratégique, pourrait voir le sol se dérober sous ses pieds car le RN envisage Perpignan comme une vitrine, maillon d’une chaîne de crédibilisation de l’extrême droite en vue de la présidentielle. Plus que l’échec, la relégation de Marine Le Pen, entraînant un nouveau transvasement au profit de Reconquête lors des élections législatives de juin, illustrerait la recomposition et l’élargissement de l’assiette d’extrême droite, en défaveur du RN. L’incontestable réussite personnelle de Louis Aliot à Perpignan deviendrait absurde.

Reconquête devient le 1er parti du Pays Catalan

Dans le camp de Reconquête, les adhésions (de 10 à 100 euros) progressent à un rythme fulgurant, grâce aux facilités d’Internet. Ce phénomène en un clic, qui a fait le succès de la République en Marche  d’E. Macron en 2017, reste fragile, car il est aux idées ce que l’achat impulsif est à la consommation courante. Mais il souligne que la dynamique de la droite radicale française appartient désormais à Zemmour, dont le parti a franchi le cap des 100.000 militants le 13 février. En Pays Catalan, le comptage effectué le 16 février révélait 1241 adhérents inscrits sur le fichier. Reconquête 66 devient ainsi le premier parti des Pyrénées-Orientales en nombre d’adhérents, sans aucun élu déclaré. 

Eric Zemmour veut incaner le vote utile 

Promis à un siphonage de gisements électoraux favorables, celui qui en a “assez de ces villes enserrées de boutiques halals, de boucheries halals, de Kebab”, se pose maintenant en rassembleur des électeurs de droite traditionnelle et des fidèles au lepénisme, avec l‘idée d’incarner lui-même le vote utile : “Nous devons nous réunir, nous devons nous rassembler, nous devons nous unifier”, déclare l’ancien journaliste, qui a entendu et deviné de précieux secrets de fabrication des candidatures et des stratégies lors de ses multiples interviews menées auprès de centaines de personnalités politiques de premier niveau.

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