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La déferlante produite dimanche par la coalition Convergence et Union, du président catalan Artur Mas, offre au centre-droit catalan une hégémonie certaine en Catalogne du Sud. Après son triomphe aux élections au Parlement de Catalogne, en novembre 2010, qui l’ont vu obtenir 67 députés, le parti nationaliste dirigera désormais deux des plus importantes villes de Catalogne que sont Barcelone et Girona. Plus encore, les majorités au sein d’une autre institution importante qu’est la « Diputació », à rapprocher d’un Département français, sont fonction des conseillers municipaux élus. Ainsi, les 4 députations correspondant aux provinces de Barcelone, Girona, Tarragona et Lleida, seront toutes dirigées par CiU. Une telle emprise ne s’est jamais vue, pas même lors du règne sans partage du Président Jordi Pujol, fondateur de la composante majoritaire à 75% de CiU, Convergence Démocratique de Catalogne (CDC).

La coalition CiU était très liée à Perpignan, à sa fondation en 1978, à l’issue de plusieurs décennies de résistance au franquisme. D’inspiration démocrate-chrétienne et nationaliste catalane, cette coalition permanente n’a jamais caché son attrait pour la Catalogne du Nord. L’actuel secrétaire de la présidence du gouvernement catalan, et membre distingué de CiU, Germà Gordó, rappelait d’ailleurs, lors la soirée « Nit de Sant Jordi, organisée le 30 avril à Perpignan, que « La Catalogne sans la Catalogne Nord n’est pas la Catalogne« . Mais au delà des sentiments, le parti CiU, libéral et défenseur de la force économique et industrielle de la Catalogne, fondatrice de son identité, veut rattraper coûte que coûte son retard accumulé vis à vis de Madrid, et préparer l’après-crise. Cette politique passe notamment par le positionnement du port de Barcelone, et la potentialisation de l’arc méditerranéen, dont la plaine du Roussillon est l’un des noeuds de l’hinterland : l’impact économique impulsé par CiU depuis Barcelone devrait être perceptible à Perpignan.

Paradoxalement, le registre politique présente davantage de complications. De la fin des années 1980 jusqu’au début des années 2000, l’ancienne génération de CiU entretenait de fortes relations avec les acteurs politiques des Pyrénées-Orientales, permettant notamment la création de l’Eurorégion Pyrénées-Méditerranée, en 1991. Plus tard, le maire CiU de Figueres, Santi Vila, et le nouveau maire CiU de Girona, Carles Puigdemont, se sont montrés amis du Parti Radical de Jean-Paul Alduy, alors maire de Perpignan. Mais la création d’une fédération CDC directement à Perpignan, fin 2006, a marqué la fin de l’entente et de l’aide réciproque, de mise depuis plusieurs décennies. Confiée à une personne controversée des milieux catalanistes locaux, la représentation du prestigieux parti a intégré l’opposition au conseil municipal de Perpignan. Depuis, elle a été rejointe par une autre figure controversée de la scène perpignanaise, l’adversaire acharnée du président de l’agglomération Perpignan-Méditerranée, Clotilde Ripoull. En disgrâce auprès du Parti Socialiste de Christian Bourquin et d’Europe Ecologie de Jean Codognès, cloué à 1% des suffrages lors des dernières élections cantonales, le parti aux 60.000 adhérents en Catalogne du Sud ne soulève que l’hostilité politique en Catalogne du Nord. Dans ce contexte, l’Eurodistrict de l’Espace Catalan Transfrontalier, outil nécessaire à la construction européenne, constitué pour la partie Sud d’une écrasante majorité d’élus de CiU, devrait connaître de sérieux problèmes de gouvernabilité.

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