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Catalogne: les forces politiques se fragmentent autour de l’indépendance
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Le Parlement de Catalogne, élu à la proportionnelle intégrale, a eu durant 30 ans une centralité politique représentée par le parti centriste et autonomiste Convergencia i Unio de Jordi Pujol, qui lui assurait une certaine stabilité. L’opposition de gauche, déjà fragmentée entre indépendantistes, autonomistes et unionistes n’avait pu lui ravir le pouvoir en 2003 qu’en ignorant l’aspect territorial au profit de l’aspect purement idéologique. Le processus indépendantiste, issu de la société civile, fragmente aujourd’hui les partis politiques et les électorats, sommés de se redéfinir autour de l’indépendance ou de l’union avec l’Espagne, mais aussi en pleine crise, entre système et anti système.

La fédération CiU (Convergencia i unio), de centre-droit est formé de deux partis, CDC à 75 % et UDC à 25 %. Si CDC est favorable à l’indépendance, une partie majoritaire d’UDC, formée d’un patronat lié à l’Espagne est fédéraliste. Son leader Josep Antoni Duran i Lleida a annoncé vouloir créer un espace politique au centre, hors de la question nationale, laissant présager une fracture au sein de la fédération. L’autre difficulté du 1er parti de Catalogne depuis 35 ans est son lien supposé avec le système espagnol depuis les débuts de la démocratie en Espagne.

ERC (Esquerra republicana de Catalunya), indépendantiste et de gauche, a privilégié ces dernières années l’aspect national sur l’aspect idéologique, tout en se rapprochant du centre-gauche. Même si ce parti est le grand bénéficiaire du processus et pourrait devenir le premier parti de Catalogne, il souffre d’une perte de son électorat le plus à gauche vers la gauche anti système
catalane ou espagnole.

Le PSC (partit dels socialistes catalans), social-démocrate et fédéraliste, est le grand perdant du processus, en constante baisse depuis 2010. Fédéré au PSOE espagnol, il souffre de la perte de son aile catalaniste, qui est entrain de rejoindre ERC et du vote antisystème en Espagne qui renvoie ses électeurs les plus espagnols vers le nouveau parti Podemos.

ICV (Iniciativa per Catalunya- verds) a déjà perdu la bataille de la gauche anti-système. Indécis sur le processus d’indépendance, puisque on estime à la moitié de son electorat comme indépendantiste , fédéré au parti espagnol IU (Izquierda Unida) il voit se diviser son électorat entre la gauche anti système catalane de la CUP et la gauche anti système espagnole de Podemos.

La CUP (Candidatura d’unitat popular) est la gauche anti système catalane, indépendantiste et d’extrême gauche. Propulsé au Parlement durant les élections de 2012, ce parti bénéficie des fuites depuis ICV et la part la plus à gauche d’ERC.

Podemos est le nouveau parti de gauche anti système espagnol, selon les sondages premier parti d’Espagne. Ambigu sur l’indépendance mais favorable à l’organisation d’un referendum en Catalogne, il devrait récolter une bonne partie des voix unionistes en Catalogne, de droite comme de gauche, mais aussi et c’est sa force, les catalans qui privilégient l’idéologie sur la question nationale.

Ciutadans, qui se définie avant tout sur la question nationale en Catalogne, est le parti anti système unioniste. Il est un des gagnants du processus, en récoltant la plus grosse part des voix unionistes, notamment celles normalement dévolues au Partido Popular, au pouvoir à Madrid.

Le PP (Partido Popular), de droite et au pouvoir à Madrid, est miné par la situation sociale et la corruption politique dans laquelle il est impliqué. En Catalogne, crédité de seulement 2% des votes en cas d’élections anticipées, il voit ses votes unionistes aller vers Ciutadans et les plus traditionnels vers Podemos, comme dans le reste de l’Espagne.