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Dans le paysage audiovisuel catalan du Sud, la chaîne publique catalanophone TV3 occupe la 3ème place en terme d’audience globale, derrière les espagnoles Telecinco i Antena 3, mais truste les 1ères places sur certaines émissions, comme les journaux télévisés et deux émissions-stars, « Polònia » et sa toute jeune soeur Crackòvia. « Polònia », littéralement « Pologne », basé sur le surnom méprisant « polacos, polonais » donné aux Catalans du Sud par les Espagnols, est depuis 2006 un véritable phénomène de société qui a attiré par moins de 30 % de parts de marché en 2007 : dirigée par le présentateur populaire Toni Soler, d’après un concept original développé sur la radio RAC 1, cette satire essentiellement politique propose sur un format de 30 minutes une série de sketchs brefs mettant en scène les sosies des personnalités majeures de la vie publique catalane du Sud et espagnole, en bousculant souvent l’establishment. On retrouve un air de guignols de l’info sur Canal + en France : du pape jusqu’au chef cuisinier Ferran Adrià, les acteurs qui jouent plusieurs personnages sont des quasi-stars, à l’image de Cesc Casanovas ou Queco Novell. Sur ce même concept l’émission « Crackòvia », centrée sur le football et surtout le Barça, a été créée en 2008. L’audience tarde à décoller, mais le succès devrait se présenter en 2009.

Le marché publicitaire catalan n’existe pas

A peu près incompréhensibles pour un Catalan du Nord ou un Français qui aurait accès aux langues catalane et espagnole, mêlées au fil des épisodes, ces émissions révèlent parfaitement le réel de la Catalogne Sud. Leur leadership en matière d’audience démontre la réalité de la quasi-obsession de la politique et du sport dans les médias du Sud, et par conséquent, peut-on déduire, dans la société. Paradoxalement, le Catalan du Sud vote peu, il produit un taux d’abstention très important, mais consomme de la politique à la télévision, quoique sans doute beaucoup moins que de football. Dans un regard différent, le phénomène de masse sud-catalan, notamment à travers la langue, s’exprime essentiellement à la télévision dans la politique et dans le Football Club Barcelone. Le reste, c’est-à-dire les jeux, les émissions de variétés, les séries ou les films se consomment sur les chaînes privées espagnoles, notamment Telecinco, à mi-chemin entre TF1 et NBC. Mais l’ambiguïté ne peut être levée car les chaînes catalanes sont des chaînes publiques, et, surtout, parce que leurs moyens, très sérieux comparés aux stations régionales de France 3, sont très limités par rapport à leurs concurrentes espagnoles. Ainsi, Televisió de Catalunya, société publique de TV, ne peut acquérir des films récents ou la série Les experts, car le marché publicitaire reste espagnol. Voilà qui met à jour l’élément essentiel d’un média quelconque, à savoir le financement et l’existence d’un marché publicitaire : pour l’heure, le marché publicitaire catalan n’existe pas.

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