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Comme l’ensemble de l’économie mondiale, le média n°1, la télévision, est frappée de plein fouet par la crise, et la chute des revenus publicitaires risque de peser sur les programmes. La période n’est pas au risque et à l’investissement à l’aveugle. Pire, quand la télévision française revoit à la baisse les devis de ses émissions, les chaînes espagnoles majeures sont sur la voie de la fusion. Dans ce contexte tendu intervient le grand marché mondial annuel des programmes, le MIP-TV, 2009 (the international entertainment content market), qui a déjà annoncé une baisse de fréquentation de près de 15 %. Même la Warner, la première major company, a renoncé à son stand cette année, tout en étant présente, tandis que vendeurs et acheteurs de programmes l’ont jouée modeste, comme jamais auparavant. Les chiffres ne mentent pas et, comme dans le reste de l’économie, les incantations spectaculaires ne suffisent plus, à l’image d’Ynon Kreiz, le PDG d’Endemol, mercredi 1er avril en plein congrès. Alors, le ralentissement est général, le prix de vente des programmes, des films jusqu’aux jeux, devrait baisser de 20 à 35 %, et seules les séries télé semblent épargnées. Mais encore, à condition qu’elles soient des valeurs sûres, et ce n’est pas un hasard si la grande attraction du MIP est la présence de l’acteur William Petersen, le paisible Gil Grissom de la série CSI, « Les Experts » en France, qui produit encore les nouvelles saisons du grand succès mondial, faute d’y jouer. On pourrait presque croire que toute la créativité télévisuelle est en berne.

Mondialisation des contenus audiovisuels

Toute trace d’évolution n’est pas exclue en cette période de récession médiatique. Internet n’ayant pas trouvé son modèle économique, ce qui émerge fortement de ce MIP est que l’avenir du Web sera télévisuel. La recherche d’adaptation à tous les écrans, de l’ordinateur au téléphone portable et au classique téléviseur, porte en elle l’évolution de la narration, et la fusion du programme du tout en un. Ce n’est pas un hasard si des opérateurs comme Orange ou Yahoo ont été présents et ont tenté de se placer dans le monde, traditionnellement assez conservateur sur la forme, du petit écran. L’autre évolution majeure qui apparaît, liée à la fois à la décroissance économique au niveau mondial et le rattrapage économique d’une bonne partie du monde face aux Américains et Européens, est le développement de nouvelles coproductions internationales, notamment avec les pays du Moyen-Orient ou la Chine, tous soucieux de minimiser les coûts et assurer un accès à l’international maximal : en quelque sorte, une nouvelle forme d’uniformisation culturelle à l’échelle de la planète, non pas sur le mode de la généralisation de la culture occidentale, mais dans une sorte de synthèse culturelle. L’arrivée des pays émergents sur le marché mondial, sur l’exemple de la chaîne brésilienne Tele Globo, pourrait à terme révolutionner l’offre et régénérer une créativité un peu poussive, alors que de la même manière, en Europe, l’Espagne est un des pays émergents dans les nouveaux contenus télévisuels, au milieu des mastodontes anglo-saxons. La télévision elle aussi deviendrait-elle multipolaire ?

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