Langue

La chaîne Univisión ne prend aucun détour pour annoncer sa couleur latina, en se dénommant « L’entreprise leader en communication en espagnol au service de la population croissante des hispaniques aux Etats-Unis »… Cet argument de business, peu imaginable de manière aussi limpide en Europe, passerait pour communautariste en France où il serait taxé de fragmentation sociale. Mais les states appellent un chat un chat. Selon la dernière tendance, rendue publique en juillet, les journaux télévisés de la chaîne grignotent du terrain face à leurs équivalents anglophones, avant tout sur les deux villes de New York et Los Angeles et sur la tranche d’âge inférieure à 49 ans. A titre péremptoire on pourrait s’emporter à affirmer : « Ils ont actifs, ils sont jeunes et urbains, ils assument désormais leur personnalité » tant la mutation des langues fait du bruit partout dans le monde, où décidément chacun et chacune quitte un jour ou l’autre les vieilles schizophrénies pour suivre la devise chère au peuple mauricien « Devenons ce que nous sommes ». Que l’espagnol soit la langue de la nuit à New York était chose sue depuis 30 ans, que la langue de Victoria Abril devienne celle du petit écran, dans toute sa légèreté, son poids, et ses incidences domestique et politique, est une donnée déterminante.

La revanche des latinos vient de loin

La montée en puissance d’Univisión, devenue une machine à souder des hispanophones longtemps considérés comme des sous-hommes, sans véritable icône salvatrice comme Martin Luther, Barak Obama ou Michaël Jackson pour les Noirs, n’est pas le fruit d’un hasard mais bien d’un business, héritier d’une première expérience lancée au Texas en 1961, démultipliée depuis jusqu’à l’entrée en bourse en 1996 puis une association avec AOL de ce qui est devenu le 5ème groupe de télévision américain. Pour parvenir à griller les infos du soir de CBS et NBC, la chaîne a ourdi une stratégie de décomplexion des valeurs hispaniques adaptée à la poussée démographique et à la revanche historique. Le président de la chaîne, Ray Rodríguez, déclarait que cette croissance « illustre clairement le changement américain, largement plus important que nos simples scores d’audience », il y a quelques semaines à l’agence Associated Press. Chiffres à l’appui, on remarque que les citoyens hispanos de New York, au nombre de 2,7 millions en 1990, sont 4,3 millions en 2008 : ils sont mexicains dans le quartier de Harlem, portoricains dans le Bronx, colombiens et mexicains à Brooklyn, dans une tendance observée dans de nombreuses autre villes, à l’inverse de Los Angeles, dont les latinos sont majoritairement mexicains, à 85%. Et partout aux USA, les familles réellement bilingues se « multiplient » dans les sondages, à moins que les personnes interrogées ne fassent qu’avouer les handicaps de jadis, qualités d’aujourd’hui.

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