Langue

L’Europe du Nord fournit au monde, depuis le 16 juin 2009, un nouveau décloisonnement de la propriété intellectuelle sur Internet : le navigateur Opera, utilisé par seulement 2% des internautes, transforme votre humble ordinateur bon marché en centrale de distribution de données, comme la musique et les photos, donnant lieu, en toute logique, à la plus coopérative du monde. Ce projet, nommé « Opera Unite » et lancé par la société norvégienne Opera Software, décentralise complètement le plus grand réseau de la planète, en simplifiant les manipulations techniques pour partager toute chose sur la toile : sur le même principe de l’informatique, réservée aux matheux grisâtres il y a 30 ans, la mise à disposition et le téléchargement, dit « pirate », se voient désormais huilés par cette innovation à portée matérielle et philosophique, dans l’idée d’un grand concert universel. Pour faire simple, Opéra, en version 10, téléchargeable gratuitement, transforme votre salon en serveur, comme les pros, légaux ou illégaux, en trois clics. Il est même possible d’autoriser ou pas les « clients » à l’accès de tel ou tel contenu dont vous avez la jouissance, par l’intermédiaire d’un mot de passe. Tout cela, dans quel but ? Un altruisme d’un genre encore nouveau, minoritaire, sur le modèle de l’encyclopédie Wikipédia, qui dispose de bien plus d’utilisateurs que de donneurs. Dans un avenir indéterminé, l’Internet à très haut débit, encore réservé aux entreprises, devrait rendre évidente ce nouveau comportement de partage, qui constitue la sur-révolution, après celle du téléchargement illégal de masse, popularisé par le service Napster voilà tout juste 10 ans.

Le téléchargement, plus facile que jamais, interdit en France ?

Les aventures de la loi française dite HADOPI, pour « Haute Autorité pour la Diffusion des Œuvres et la Protection des droits sur Internet », dans sa version 2, présentée au Sénat mercredi 2 juillet, démontrent la contradiction entre un Internet libre et mondial, face à un dispositif légal simplement local, c’est-à-dire national. En effet, selon la commission culturelle du Sénat, le projet de loi « Hadopi 2 » ,e prévoit plus l’inscription du piratage sur le casier judiciaire des voleurs, qui seront néanmoins privés de connexion «pour une durée maximale d’un an», avec interdiction de se réabonner, tout en continuant de payer leur forfait ! Cette obsession parlementaire qui risque l’inconstitutionnalité, par son intrusion dans la vie privée, pose surtout la question de la loi universelle : le téléchargement illégal est-il « illégal » partout dans le monde ? Evidemment, non. Comme le port du voile ou l’usage des langues régionales dans l’espace public, deux réalités légalement très répandues en occident, le positionnement hexagonal renvoie à l’Histoire des droits d’auteur et de la propriété intellectuelle, dont la source remonte à la Révolution Française. Déjà, avant 1789, les auteurs détenaient un « privilège » royal pour le monopole d’exploitation, transformé, par deux lois, en 1791 puis en 1793, en droit formalisé. Ainsi, il reste surprenant de constater l’hostilité de la France envers le téléchargement « illégal ça dépend où », à l’heure de l’harmonisation européenne et partiellement mondiale. ! Oui mais voilà : « Feta la llei, feta la trampa » (« Sitôt la loi est faite, son contournement existe »). Dès l’annonce du lancement du navigateur Opera 10, le journaliste anglais Danny O’Brien, autorité du web, voyait un avancée démocratique, pour éliminer « tous les blocages d’Etat », en citant les « manifestants iraniens », qui apprécieraient de « contourner le blocage de l’Iran ». Troublant.

Partager