Langue

C’est exactement le 2 septembre 1969 qu’a été effectuée la mise en réseau de deux pas encore « ordinateurs » mais « calculateurs » par un câble de quelques mètres, à l’université californienne d’UCLA. Ainsi naissant l’Arpanet. 40 ans plus tard, ce sont plus d’un milliard et demi d’humains qui sont en réseau sur Internet, faisant fi des frontières, des langues, du vieux monde et des droits d’auteur. On n’avait pas connu une telle accélération de la diffusion de la pensée et de la connaissance depuis le bon vieux Johannes Gensfleisch, dit Gutemberg, il y a six siècles.

Bien sûr, Internet n’est au final qu’un outil, mais comme l’avait souligné déjà le philosophe Michel Foucault, sans en connaître le développement, Internet est concomitant, voire un des éléments du changement d’épistémè de notre époque, vers l’hypermodernité, et est évidemment décrié par les inquisiteurs désespérément restés plantés dans la modernité. Après tout, la Renaissance avait amené l’imprimerie avant que la « révolution copernicienne » ne jette les bases d’une modernité qui allait finir par abattre Dieu, mais qui allait surtout changer irréversiblement la vision du monde de l’humanité, tout au moins occidentale : déjà l’Eglise avait tenté de freiner l’inéluctable, tout comme la suspicion est jetée sur la toile à coup de dénonciation de la pédophilie, du viol supposé du droit d’auteur ou de fin de la démocratie par l’attaque du lobby journalistique, combat sans doute désespérés.

L’homme du XXIe siècle, hyper-individualiste, angoissé, consumériste et jouisseur, confronte les points de vue sur Internet en y gagnant son autonomie de pensée. Il est plus informé que jamais des grands et petits événements, ce qui l’angoisse mais affûte malgré tout et comme jamais sa conscience politique. Tout n’est pas rose sur la toile, et la fracture numérique est sans doute une réalité, mais elle est le lieu, le support du nouveau paradigme de notre époque.

« La plus grande période de production culturelle de l’histoire »

Nous ne sommes sans doute qu’au début du phénomène, du grand bouleversement, mais, dans ce contexte, il n’est pas étonnant que la France, pays le plus abouti de la modernité, soit l’un des plus inquisiteur en la matière. La mise en place de la loi Hadopi ou le débat sur l’identité française sont à la fois une lutte désespérée contre l’hypermodernité et contre son support. Le ver est déjà dans la pomme, la loi Hadopi était déjà contournable avant sa promulgation et l’identité française n’est plus que cosmétique au début des années 10. La connaissance, la presse, la musique, le cinéma sont déjà gratuits, le copyright est renversé, et comme le signale l’Exgae, l’entité qui mène la guerre en Espagne à la SGAE (la SACEM espagnole) « Jusqu’à il y a peu, l’industrie culturelle était le principal intermédiaire entre l’artiste et le public, maintenant l’intermédiaire est Internet. Nous vivons la période de plus grande production et consommation culturelle de l’histoire ».

La réalité est bien là, et la tenue du Free Culture Forum, le 30 octobre 2009 à Barcelone, démontre que toutes ces initiatives ne pourront que freiner ce que l’activiste américain David Bollier appelle « le changement de contexte économique, éducatif et politique ». 300 professeurs d’Université, avocats, activistes ou créateurs y dénonçaient d’ailleurs l’alliance perverse de nombreux gouvernements, de l’industrie culturelle et même des industries de télécommunications contre cette extraordinaire liberté nouvelle, à l’exception, et ce n’est pas anodin, de certains gouvernements, comme celui du Brésil, qui avait envoyé un membre de son exécutif participer au Forum.

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