SOCIÉTÉ

Benoît XVI consacre la Sagrada Família et séduit la Catalogne

Entretien privé entre président catalan José Montilla et le souverain pontife

La papamobile parcourt Barcelone © Jordi Fontcoberta
La papamobile parcourt Barcelone © Jordi Fontcoberta
250.000 fidèles, dont 6500 présents dans le temple moderniste de la capitale catalane, ont accueilli avec ferveur le pape Benoît XVI, ou plutôt Benet XVI, ce dimanche à Barcelone. Deux autocars de catholiques ont fait le déplacement depuis le Pays Catalan de France. Sans surprise, l'avortement et l'homosexualité ont été condamnés par la star du jour, tandis que se déroulaient des protestations noyées dans la masse croyante.
Arrivé ce samedi à 21h06 à l'aéroport del Prat, le pape Joseph Ratzinger est aussitôt devenu Benet XVI, selon la tradition qui consiste à adapter le nom des titulaires du saint-siège au pays abordé. Cette visite, la première depuis celle de Jean-Paul II à Barcelone en 1982, a débuté par une trajet en voiture jusqu'à l'archévêché de la ville, proche de la cathédrale Santa Maria, dans le quartier gothique, où le souverain pontife a passé la nuit, après avoir salué la foule depuis son balcon, lors d'une séquence improvisée. Le protocole a comporté la présence rapprochée de la plus haute autorité religieuse catalane, le cardinal et archevêque de Barcelone, Lluís Martínez Sistach.

Les temps forts de la visite ont comporté deux passages dans l'inévitable papamobile, le véhiculé vitré de marque Mercedes, à l'épreuve des balles, qui a circulé par moments jusqu'à 40 kmh/h. En dépit de ce pas de course, 250.000 catholiques et curieux, dès 9h, vers la cathédrale de la Sagrada Família, puis à partir de 13h20, pour le retour à l'archevêché, ont pu apercevoir Benoît XVI, arborant un sourire quasi-permanent. Mais c'est surtout la consécration de la folie monumentale qu'est la Sagrada Família, de l'architecte Antoni Gaudí, qui a constitué un réel événement pour les croyants. Le chef d'oeuvre moderniste, dont la construction devrait s'achever en 2026 après avoir chevauché trois siècles depuis la première pierre, est ainsi désormais un lieu officiellement saint, et non plus un objet de cartes postales. La nouvelle basilique a accueilli sa toute première cérémonie, en présence des rois d'Espagne, illustrée par le chant du Virolai, essentiel à la liturgie catalane, face à 6500 personnes, auxquelles se sont ajoutées les fidèles restés à l'extérieur, sur plusieurs points de la ville, assistant à la messe inaugurale sur écran géant. Le président de la Generalitat de Catalunya, José Montilla, avait quant à lui tenu à accueillir le souverain dès son arrivée dans la zone d'accueil privé du temple. Un entretien privé s'est déroulé en fin de matinée entre les deux hommes, à l'issue de la gigantesque messe.

La présence papale en Catalogne aura également comporté des lectures journalistiques aussi diverses que contrastées, face au contenu religieux de l'homélie, dont la traduction idéologique a pu étonner, choquer ou satisfaire. Evidemment opposé à l'officialisation des liens homosexuels, et à l'avortement, le souverain pontife a abordé ces sujets, en invitant notamment les Etats à encourager la natalité par la déclaration "L'Eglise défend la vie des enfants comme une valeur sacrée et inviolable dès la conception". Les valeurs de la famille ont été exaltées, sans surprise, lors de ce dimanche particulier, qui a vu 300 prêtres donner leur communion à plusieurs dizaines de fidèles, également à Barcelone. L'adaptation au territoire, manifestée par des dizaines de milliers d'affiches et banderoles "Benet XV, benvingut a Catalunya" (Benoît XVI, soyez le bienvenu en Catalogne) s'est aussi exprimée lors des interventions en catalan de l'intéressé, dans une médiatisation exceptionnelle.

Les événements alternatifs ont pris leur place lors de cette visite, à l'instar d'une séance de baisers homosexuels, en présence d'une cinquantaine de couples postés sur le parcours de la papamobile, ou de la présence de plusieurs dizaines de militants de la laïcité, dont la présence sur la place de la cathédrale Santa Maria, a été remarquée par les caméras. La présence massive de la police catalane, les Mossos d'Esquadra, mobilisée pour des raisons de sécurité, aura dissimulé les protestations, provoquant un mécontentement des manifestants, noyés dans la masse des catholiques.

Cette visite pontificale, par un pape de 83 ans, alerte lors de ses rares apparitions à pied sur le sol barcelonais, affiche une série de chiffres étourdissants. 36.000 chaises ont été installées aux abords de la Sagrada Família ainsi que 33 écrans géants distribués sur la capitale catalane, 45 à l'intérieur de la nouvelle basilique, ajoutés à la mobilisation de 1100 religieux, 2140 fidèles de paroisses catalanes, 1800 bénévoles et 2319 journalistes. La présence de Benoît XVI a également comporté la participation de 800 chanteurs de l'Orphéon Catalan, la mise en place de 4 hôpitaux ambulants ou encore la venue de 279 autocars, en provenance du reste de la Catalogne, dont deux de Perpignan, et du reste de l'Espagne. Enfin, 50.000 fanions et 130.000 marque-pages ont été imprimés, pour une cérémonie d'un coût de 700.000 euros assumée par l'archevêché de Barcelone, financée à hauteur de 400.000 euros par les fidèles.
Cerimònia inaugural a la Sagrada família © ACNCerimònia a la Sagrada família © EFEBenet XVI, Sagrada família © EFE"Besada Gay" / DR