MÉDIAS

Google Street View est-il indiscret à Perpignan ?

Magique et intrusif, le service gratuit de Google, créé en 2007, énerve l'Allemagne et la République Tchèque. Bientôt Perpignan ?

Perpignan, rue des fabriques Nadal © Google Street View / Panoramio
Perpignan, rue des fabriques Nadal © Google Street View / Panoramio
Imaginez-vous être l'un des clients tranquillement attablés sur la terrasse du restaurant visible sur la photo ici présente, situé rue fabriques Nadal, au coeur de Perpignan ? Ce cliché d'assez bonne qualité a été prélevé sur le service Google Stree View, qui permet de visualiser des images de différents quartiers des grandes villes du monde, des petites, et même de plusieurs villages du Pays Catalan. Assez étrangère aux innovations numériques, Perpignan n'en reste pas moins assujettie à la question éthique du droit à l'image que le reste du monde, et, plus généralement, de l'intrusion digitale dans la vie privée. Sur la photographie qui nous inquiète, un client ou autre, dans le cas où il serait identifiable, pourrait être confronté à quelques soucis matrimoniaux, pour peu qu'il n'ait rien à faire, officiellement, à cet endroit-là. Sur ce même principe délateur, la terrasse du restaurant pourrait s'avérer illégale. Certes, ce n'est "visiblement" pas le cas. Et en guise de précaution, nous avons masqué les visages des consommateurs.

Fronde contre Google Street en Allemagne

Le 11 septembre dernier, la ville de Berlin a connu une manifestation d'un nouveau genre. Plusieurs centaines d'Allemands se sont rassemblés contre Google Street View en exigeant que les photographies de leurs lieux de résidence, potentiellement visible sur Internet contre leur gré, soit retirée de la banque de données en cours de mise en ligne. Un véhicule mobilisé par le mastodonte américain, préalablement aperçu alors qu'il sillonnait la ville, avait choqué les habitants attachés à la préservation de leur vie privée. Ce sont ainsi plusieurs centaines de milliers d'Allemands, décidément à la pointe, qui ont déjà demandé à Google le respect de leur anonymat, comme l'ont fait le gouvernement italien, et celui de la République Tchèque, pour protéger leurs administrés. Oui, le principe de Google Street View est attractif voire magique, car il permet de "marcher" dans une rue dans quitter sa chaise, mais il devient gênant pour les cibles visées. Face à ces photos de bonne qualité, qui rend la visite presque réelle, l'Allemagne, parcourue par les véhicules-photo depuis 2008, est le précurseur européen en cette matière bien précise de défense des droits élémentaires.

A quoi sert Google Street ?

On ne saurait envisager un simple rôle de gadget technologique pour Google Street View, lancé en 2007, tant les stratégies de l'empire Google ont démontré, depuis 1998, n'être jamais le fruit du hasard ni du bricolage. Si, dans la vingtaine de pays où le service a été lancé, il est parfaitement possible d'obtenir le floutage d'un visage ou d'une plaque d'immatriculation, ou encore le retrait du cliché d'une maison, tout cela n'est possible qu'après la mise en ligne. Parfois, cela signifie "une fois que le mal est fait". Dans l'exemple allemand, le gouvernement national a cependant obtenu un droit de privacité préliminaire à la publication des images, mais les moyens déployés par Google Street devraient atteindre le moindre recoin du monde, notamment grâce aux apports directs des photographes. Ils posent aussi des questions  planétaires, qui invitent des réponses légales planétaires. En matière de citoyenneté mondiale et d'environnement, cette géolocalisation illustrée proposée par Google Street View peut réellement servir la prévention des risques de catastrophes naturelles. Mais aussi à choisir, dans certains cas, sa destination de vacances. De la sorte, les arguments de la sécurité et des retombées économiques deviendront imparables. Perpignan, le Roussillon et le Pays Catalan, encore bien éloignés de ces inquiétudes, devraient vraiment entrer dans la danse au cours de la prochaine décennie.