MÉDIAS

Qui veut payer pour lire la presse sur Internet ?

Après la crise répandue en 2009, la presse numérique tâtonne, faute de modèle économique viable. En règle générale, les seuls titres qui subsistent, à perte, ont un parent traditionnel, en format papier.

Deux exemples récents tendent à prouver que le système « Pay Per View », qui fonctionne pour la télévision, en imposant l’accès payant à des programmes à la carte, ne convient pas aux articles de presse sur Internet. L’accès tarifé fonctionne pour la musique et la vidéo, mais la lecture de contenus journalistiques tente peu le consommateur. Aux USA, 80% des lecteurs se déclarent peu disposés à payer pour consulter des informations sur Internet, d’après un sondage fouillé, réalisé au mois de janvier par le groupe Project for Excellence in Journalism (PEJ). Sur 2000 personnes interpellées sur la question, 82% tourneraient le dos à leur site d’information habituel si l’accès en devenait payant, et elles en choisiraient un autre, en libre accès. Parallèlement, une autre étude américaine, internationale celle-ci, effectuée en mars par GfK Custom Research pour le compte du Wall Street Journal, renforce l’idée qu’une information payante, admise pour les journaux traditionnels, avec encre et papier, ne l’est pas sur écran. Cet état de lieux portant sur 17 pays place la France en 17ème position sur l’envie de payer pour s’informer. Dans le détail, 89% des citoyens français estiment que les contenus et informations doivent être gratuits sur Internet, et, dans une conception toute nationalisée des esprits, une grosse proportion d’irréductibles, représentant carrément 50% des internautes français, s’oppose à l’idée que la publicité, incluse dans lesdits contenus, soit la solution à leur gratuité.

D’où viendra l‘argent de la presse web ?

Au fond, la grande révolution du journalisme libre sur Internet a fait pschitt, car seuls les grands journaux, disposant d’une édition papier, restent capables d’éditer une version web, plus ou moins aboutie, mais toujours réduite, en format gratuit, comparée à leur version première. Or, à quelques exceptions par territoire, la règle générale est celle d’un manque de confiance du lecteur envers la publicité sur Internet, qui conditionne l’existence de nombreuses publications numériques. L’étude américaine du PEJ pose ainsi la grande question « Comment financer le journalisme numérique » et répond par une donnée catastrophique : la chute des revenus publicitaires sur Internet. Actuellement, les messages incrustés sur les pages passeraient inaperçues pour 80% des internautes, alors même que la tendance amorcée en 2007 annonçait le transfert des annonceurs, de l’encre vers les pixels. Le temps ferait le reste, dans une simple révolution de notre temps. Erreur passagère ou définitive ? La désaffection envers la publicité sur Internet, dont le marché à reculé en 2009, pour la première fois depuis 2002, le refus des lecteurs à rétribuer, via leur lecture, les journalistes ou assimilés, peuvent menacer autant l’information que les informateurs. Et le Project for Excellence in Journalism, visiblement inquiet, précise dans son rapport que le recul cité se produit « en partie à cause de la récession », mais qu’il pourrait s’agir d’une tendance « structurelle et permanente». L’industrie de l’information digitale devra à coup sûr faire face à une nouvelle révolution, la seconde depuis celle de sa naissance. Cette fois-ci, il est bel et bien question de survie, indépendamment du succès des sites d’information, qui connaissent souvent le paradoxe de caresser des sommets d’audience tout en voyant rétrécir leurs gains.