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TV sans pub : l’Espagne diverge de la France

La France et l’Espagne ont éliminé la publicité en prime-time sur leurs chaînes publiques nationales. Mais l’audience dégringole d’un côté, alors qu’elle grimpe de l’autre.

Siège central de France Télévisions, Paris © Flickr
Siège central de France Télévisions, Paris © Flickr
Un an après la disparition de la publicité passé 20 heures sur les chaînes publiques françaises, pas de révolution de l’audience. Dans l’ensemble, les programmes diffusés par France 2, 3, 4 et 5, sont plus culturels, mais les comportements du téléspectateur n’ont pas bougé : la suppression de la pollution publicitaire critiquée par les antipub, pris de court par la stratégie de Nicolas Sarkozy, n’affecte pas les masses populaires. Mais surtout, l’absence d’enjeux commerciaux liés à l’audience permet de multiplier jusqu’à trois le nombre d’émissions sélects, sur l’exemple de la pièce de théâtre L’Avare, de Molière, en direct de Paris fin 2009, pour seulement 5% d’audience. Cet échec magnifique, suivi de plusieurs autres, en conséquence indirecte de la suppression de la publicité, avait pourtant entraîné début 2009 un regain d’audience, rapidement disparu. Le public, un temps attiré pas la nouveauté des démarrages d’émissions à 20h35, n’a pas succombé à la culture traditionnelle, alors même que le service public a pour mission de séduire un large public. Gérer ce paradoxe, en équilibre sur une culture « populaire » mais non « vulgaire », renvoie directement à l’éducation du grand public par les élites, alors même la population, dans ses couches populaires, est littéralement droguée à la télévision depuis trois générations. En Espagne, une initiative semblable, que le gouvernement Zapatero a souhaité copier, selon une annonce d'avril 2009, provoque des effets inverses.

Sans pub, la TV publique espagnole retrouve le succès

La télévision publique espagnole TVE vient de retrouver un leadership mis à mal à la fin des années 1990 par la création des arrogantes chaînes privées Antena 3 et Telecinco. Sa première chaîne, la généraliste TVE 1, au style comparable à la chaîne française privée TF1, s’est accaparé 47 des 50 émissions les plus vues en janvier 2010, soit 19,2% de l’audience globale, grâce à l’absence de messages publicitaires. En Catalogne du Sud, cette chaîne reprend la deuxième position, derrière Telecinco, et même la poussiéreuse deuxième chaîne publique espagnole, TVE 2, sort d’une léthargie qui l’avait confinée à un rôle quasi-confidentiel. Sans nul doute, la programmation de TVE, inchangée, est une explication plausible. Mais plus largement apparaissent deux conceptions différentes du service public, liées à l’énorme nuance comprise dans l’expression « service au public », plus en vogue en Espagne qu’en France. Car l’idée élitiste selon laquelle mieux vaut un échec persistant qu’une adaptation aux désirs des gens, dont on prétend constamment élever l’esprit, fait partie des clivages pyrénéens. Pourrait-on imaginer regarder sur France 2 la série américaine « Desperate housewives » ? En Espagne, les célèbres péripéties féminines ont été diffusées sur TVE1 et TVE2, sans aucun problème, alors que la libérale chaîne M6 s’en charge pour la France.