MÉDIAS

Où en est le Pays Catalan numérique ?

Les habitants du reste du monde ont peu de chances de trouver par hasard Perpignan et son territoire sur la toile. Le territoire est-il handicapé de l'ouverture vers l'extérieur ?

Dans les années 10, une entreprise, une administration et à fortiori un territoire ou une ville sont matérialisés par l’immatériel : un site Internet est une vie, une projection locale, régionale, nationale et internationale. La présence sur les trois w, aujourd’hui largement googlelisé, donne le pouls de la vitalité d’un ensemble : ainsi l’internaute facebookien qui twitte sur son iphone, confronté à des millions d’informations quotidiennes, sera d’autant plus ouvert à quelque sujet que ce soit qu’il sera d’une part bombardé et d’autre part séduit par la créativité de ce qui se démarque. Zappeur boulimique, il devra trouver l’info qu’il cherche en trois clicks, pas un de plus. Car l’Internet a largement dépassé le stade du loisir pour entrer au cœur de l’économie, notamment pour le PDG, le consultant ou le journaliste pressé, avides d’info et de décisions rapides : certains destins sont fonction de deux ou trois mots pianotés dans le moteur de recherche Google.

Pays Catalan et Perpignan : l’encéphalogramme plat


A l’évidence de l’observateur étranger, le Pays Catalan accuse un fort retard institutionnel sur le plus grand réseau du monde, où tentent d’exister, sans grande vision à l’extérieur des bornes territoriales, une communication perpignanaise inique et une communication départementale idiote. Car la présence sur la toile est bien sous-provinciale : elle n’inspire plus qu’une absence de dynamisme que seule l’USAP numérique arrive à dissimuler. Côté actualité, la requête dans la rubrique « Perpignan » du site de référence en matière d’actu, GoogleNews, débouche ultra-majoritairement sur votre cher magazine La Clau, alors que le journal majeur du territoire, L’indépendant, dont le site Internet, probablement le plus vintage de toute la presse régionale française, affleure à peine, quand le quotidien Midi Libre traite les Pyrénées-Orientales comme un village. La version numérique de l’hebdomadaire La semaine du Roussillon reste presque introuvable sur la toile et la version numérique du Petit Journal ou le blog Perpignan Tout va bien n’est pas assez réactualisé pour émerger. Le reste du paysage est occupé, non sans talent parfois, par quelques sites traitant l’Agenda culturel et festif à destination des locaux, comme lepetitagenda.com, catacult.net, perpignan66.com ou encore quoideneufperpignan.com et cataloonya.com. Et puis ? Rien, à l’exception d’une poignée de sites institutionnels conçus à grands frais, mais sans aucune chance d’émerger sur le web du 3.0, c'est-à-dire d’offrir une visibilité des Pyrénées-Orientales à l’extérieur.

Georges Frêche pourrait donner des leçons à Perpignan

Le génie de l’ancien maire de Montpellier Georges Frêche, avant sa période "syndrome de Tourette", fût de saisir que la communication vers l’extérieur était mille fois plus importante que la communication locale : les affiches 4X3 du métro parisien de « Montpellier la surdouée » ont été largement connues et commentées dans le succès économique de sa ville. Sur ce schéma simple, l’image virtuelle du Pays Catalan devrait être un élément majeur de sa projection extérieure, au service de son développement économique, notamment dans la dynamique transfrontalière. Mais là aussi, on constate une totale déficience : seul lepetitagenda.com traite les événements culturels aussi en langue catalane, alors que les journaux en ligne catalanophones elpunt.cat et vilaweb.cat traitent l’actualité nord-catalane sous un angle incompréhensible pour le Catalan du Sud lambda. Pire, ce dernier, en quête d’informations pour passer une journée TGV dans la capitale roussillonaise, se verra confronté au calvaire de la page de l’Office du Tourisme de Perpignan en catalan, où il trouvera au moins à rire, avant de se tourner vers la page en castillan, inexistante. Quant à l’investisseur…