Músiques

Nouveautés mai 2008 : peut-on éviter la standardisation ?

Il devient difficile de faire la différence entre la musique minimaliste et l'arnaque artistique... Mais l'espoir musical existe, et l'été 2008 ne devrait pas être pire que les autres. J'enquête.

Pas de nouvel extra-terrestre à l’horizon de l'industrie musicale... Les Mika ou Amy Winehouse, gros phénomènes commerciaux de l’année 2007, font presque partie des souvenirs. Vivement l’été et ses succès faciles pour tenter d’éviter le naufrage total des ventes de disques, toujours à la baisse, dans la période de transition actuelle. J'aperçois tout de même quelques surprises, sans doute plus difficiles à détecter au milieu des dizaines de groupes Anglo-saxons qui cherchent tous un peu la même combinaison rock et électro, au milieu des jeunes femmes qui chantent de façon très stylée de la soul music et des groupes toujours plus ados qui tentent de réactiver le rock de papa, et surtout l’offre sans limite proposée par la nouvelle scène française. Il est bien difficile de s’enthousiasmer et être surpris. A signaler, l’ album de Scarlett Johansson « Anywhere I lay my Head ». L’actrice montante d’Hollywood reprend le répertoire de Tom Waits. Produit par David Sitek de TV on the Radio, ce disque envoûtant nous rappelle le son anglais 4 AD et les superbes productions de Cocteau Twins dans les années 1980/90. Toujours dans un registre très rock, plutôt psyché cette fois, tourne le disque du groupe texan les Black Angels, "Directions to See a Ghost", qui va ravir les amateurs du Velvet Underground, de Syd Barrett et les Pink Floyd première époque. Décidement, la chanson de Léonard Cohen « Allelujah » connaît un second succès spectaculaire. Merveilleusement reprise et largement diffusée en radio, la version de Rufus Wainwright a fait resurgir ce petit bijou musical du passé. Columbia et Sony avait envie de rappeler que Jeff Buckley avait, lui aussi, quelques années plus tôt, redécouvert la beauté incroyable de ce titre. Un best of sort donc, avec deux inédits et surtout un DVD Live in Chicago. 15 titres vraiment indispensables pour faire revivre et peut être faire découvrir cet artiste au destin particulièrement tragique, décédé prématurément comme son père Tim Buckley, grand musicien et chanteur des années 1970.

Le retour de François Béranger, la présence de Patrick Ramone

Du côté français, deux disques de contestation, assez différente dans le temps et la forme. Tout d’abord, un album de reprises de François Béranger dans lequel pas mal de personnalités de la nouvelle génération comme Tryo, Jeanne Cherhal, Sansévérino, Marcel et son Orchestre et des plus anciens, comme Thiéfaine ou Raoul Petite, rendent hommage à cette figure disparue de la chanson française post soixante-huit. Au chapitre rigolo, nous assistons à la seconde livraison du troublion Didier Super, intitulée "Ben Quoi". Cet ancien professionnel du vélo BMX, humoriste et chanteur iconoclaste, semble rejeter toute notion de bon goût et du politiquement correct. Il fournit insultes, provocations et grande simplicité d’instrumentation, à la lisière de l'arnaque. Il aime appuyer là ou ça fait mal. Pour l’auditeur, on adore ou on déteste cette forme d’humour, au regard du passé punk de ce Didier Super qui pourrait rappeler Ludwig Von 88 ou les Wampas. Côté Catalogne Nord, je choisis l’album de Mademoiselle Caro, célèbre Didjette de nos nuits canétoises, qui réalise avec Frank Garcia un bel album capable d'enchanter les fans de Depeche Mode ou Aswell. Et puis un grand bravo pour la prestation, en concert à l'ermitage de Consolation à Collioure, début mai, de Patrick Ramone, qui a su nous toucher par sa présence et sa générosité. Dans une époque où la distribution devient dépassée, les deux albums de cet artiste d'ici, pourtant récents, sont confidentiels.

Jean-François Colomer