MÉDIAS

L'embrouille du financement de la TNT locale

Les chaînes de TV locales ne sont pas nouvelles mais tout porte à le croire tant les exemples antérieurs sont rares : Télé Toulouse, créée en 1988, la défunte Aqui TV (1991-2003, en Dordogne) ou Canal Roussillon et TV Roussillon, apparues et disparues en pays catalan entre 1987 et 1990, figurent sur la liste des pionniers. La chaîne TSF (Télévision Sans Frontières), anciennement Perpignan  TV, originellement créé par la Ville de Perpignan sur le câble de la ville et actuellement diffusée en pirate sur le Roussillon et... sur le satellite espagnol Hispasat, serait l'OVNI d'une galaxie télé nord-catalane qui a également contenu, entre 2000 et 2004, la pionnière Catalanet TV, une web TV disparue pour avoir eu raison trop tôt. Globalement, les télés locales, plus ou moins justifiés et abouties, témoignent de la possibilité d’une image proche, qui induit un « éloignement » jusque-là de mise sur les chaînes ancestrales. En 2008, action ! C’est la libération des ondes télé. Mais, en parallèle historique, nous ne sommes pas en 1981, lorsque Mitterrand libérait les ondes radio, ni en 1983, lorsque l’Etat régularisait le paysage. Non, en 2008, on grille les étapes et nous voilà déjà en 1986, lorsque les groupes de presse rachetaient à tour de bras les Radios Locales Privées dans un panorama préalablement éclairci par sélection naturelle. Alors, où en est la TNT locale à peine émergente ? Pour l'heure, en France, 25 TNT locales ont démarré, dont 7 à Paris. A Perpignan, trois projets s'affrontent, pour un seul retenu au finish, vers l'automne, après une séance de présentation auprès du Conseil Supérieur de l'Audiovisuel, le 7 juillet. Parmi ces projets, deux seraient financés par les collectivités d'abord, "TPO" (Télévision Pyrénées-Orientales) , doté d'une participation du Conseil Général de l'ordre de 10 à 20%, puis "Cap Perpignan", chaîne héritière de Perpignan TV, soutenue par la Ville de Perpignan et l'Agglomération Perpignan-Méditerranée. Le troisième projet, mené par trois petits groupes de presse, a été baptisé "TV66". Avec les deux premiers exemples, le nerfs de la guerre télévisuelle proviendrait ainsi à la fois du financement d’entreprise, c'est-à-dire le méchant « privé » selon certains, et de la collectivité, perçue comme une méchante féodalité aux yeux de l’exemple qui suit... Car se pose la question du modèle de financement, ce qui, outre faire gagner 5 ans en comparaison avec la radio libre, énerve le Conseiller Général du canton de Mont-Louis, Christian Blanc, pour qui l’institution ne doit pas s’immiscer dans le média, comme il l’a indiqué en séance le 14 avril. Ainsi, une Région, un Département, une Ville, une Agglomération seraient étrangères à la neutralité, contrairement à l’Etat, qui finance l’audiovisuel public et qui statue, via le CSA, sur les projets de TNT. Cherchons l’erreur ensemble : si le « local » est orienté, ce qui est certain, le "national" est-il neutre, comme un ordre divin opposé à des chapelles partisanes ? Décidément, la TNT, qui nous offre déjà ses paradoxes avec une parité de chaînes captivantes et désolantes, n’a pas fini de nous révéler comment fonctionne notre société.