ECONOMIE, POLITIQUE

TGV Perpignan-Montpellier : la France laisse échapper 3,2 milliards d’euros de l’Europe

L’argent disponible à Bruxelles en 2013 a été négligé par l’État

TGV Perpignan-Paris à la Nouvelle, Languedoc © Luca Valent
TGV Perpignan-Paris à la Nouvelle, Languedoc © Luca Valent

Le TGV Perpignan-Montpellier est victime du désaccord Paris-Bruxelles : en 2013, l’Europe pouvait le financer à 40%, mais la France a refusé et cette manne a été perdue.

Le projet de construction de la Ligne à Grande Vitesse (LGV) Perpignan-Montpellier connaît une saccade positive avec le bouclage du tour de table financier. Jeudi 2 septembre, les Conseils départementaux des Pyrénées-Orientales, de l’Aude et de l’Hérault, les Métropoles de Perpignan et Montpellier, ainsi que les Agglomérations du Grand Narbonne, de Carcassonne, de Béziers, d'Hérault-Méditerranée et de Sète, ajoutées à la région “Occitanie”, ont promis une participation financière de 40%... dont 40% seront abondés par la région, soit 400 millions d’euros.


L’Etat coordonne le tout et évalue la facture à 6,12 milliards d'euros, bien que les évaluations publiquement communiquées au printemps fassent état de 7,9 milliards, un peu plus que les Jeux Olympiques de Paris, dont le coût initial (nécessairement dépassé) est évalué à 7,3 milliards. Enfin, l’Union européenne est attendue pour fournir les 20 % restants.

En réalité, le maillon Perpignan-Montpellier n’est pas un simple enjeu régional ou national, il constitue un défi européen intégral, car il est la seule portion sans LGV sur le grand axe Sud-Nord Séville-Bruxelles. Envisager ce sujet comme une question régionale ou nationale est parcellaire, comme l’ébauchaient les faits antérieurs.

La France a refusé l’argent de Bruxelles

Dans la stratification du dossier, une couche d’informations fait l’objet d’une amnésie politique et journalistique. Car ce dossier ayant connu ses première études dédiées en 1989 est évoqué par l’Etat depuis 1991 mais avait connu dès 1981, à la création du préprojet de candidature de Barcelone aux Jeux Olympiques de 1992 (validé en 1986), une sérieuse et durable justification européenne. En 2013, son financement européen à hauteur de 40% était prévu noir sur blanc par la Commission européenne. Bruxelles avait confirmé la priorité du TGV Perpignan-Montpellier et Le Président Bourquin, à la tête du Languedoc-Roussillon, s’en était félicité par communiqué. Lors de cette séquence, Bruxelles présentait neuf projets de réseaux transeuropéens pour la période 2014-2020, auxquels elle réservait 26 milliards d’euros.

8 ans après cette annonce, les 40 % alors promis par Bruxelles, correspondant à 3,2 d’euros, échappent au budget global en raison d’un problème de synchronisation politique : les priorités de l’Hexagone jacobin  étant différentes de celles de l’Union européenne décentraliste, l’aide d’alors s’est évaporée. Au final, la France, Pays Catalan en tête, perd plusieurs années et milliards, à force de considérer l’UE comme un corps étranger qui ne saurait décider au-dessus d’elle, ou ferait figure d’empêcheur de tourner en rond. La présidente régionale, Carole Delga, s’inscrit dans ce schéma en exprimant son bonheur de “respecter le calendrier”, encore faudrait-il savoir lequel, au regard de la nationalisation de ce dossier international, dont la gestion gouvernementale, et non pas étatique, fait perdre de l’argent aux finances nationales françaises.

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Esteve Valls