SOCIÉTÉ, POLITIQUE, ENVIRONNEMENT

Plus de 10 000 signatures contre l’extension de Port-Argelès

Un projet souhaité par l’ancien maire, appliqué par l’actuel

Port d'Argelès-sur-Mer, Roussillon, Pays Catalan © Guillem Sabras
Port d'Argelès-sur-Mer, Roussillon, Pays Catalan © Guillem Sabras

Le mairie d’Argelès-sur-Mer souhaite agrandir le port de la ville, qui détruit progressivement le hameau du Racou. Face au massacre annoncé, une pétition à forte participation séduit les citoyens.

A Argelès-sur-Mer, le plus récent des ports du Pays Catalan, mis en service en 1989, est une entrée artificielle à l’intérieur des terres voulue par le maire socialiste Jean Carrère. Ce site fait l’objet d’un projet de “requalification” formulé par son successeur, Pierre Aylagas, repris par Antoine Parra, le maire actuel, en vertu de son manque de visibilité et de la vétusté de ses équipements. L’évacuation des eaux et plus généralement les réseaux ont subi l’outrage du temps sur ce site à la notoriété et au prestige inférieurs aux ports de Canet-en-Roussillon, Saint-Cyprien, Port-Vendres ou Banyuls-sur-Mer.


Un effet pervers de l’overtourisme

Selon un phénomène complexe de moyen terme, la construction de digues et de ports artificiels, en Roussillon, érode le trait de côte, sur fond de tourisme excessif. Pour aggraver la situation, les déversements naturels de sable formé dans le lit des fleuves ont faibli : à Argelès, le Tech ne produit plus autant de sable que par le passé, car il y a été prélevé par centaines de tonnes par des entreprises de BTP agissant pour le compte du tourisme. En supplément, sous l’effet du port, la rivière de la Massane n’apporte plus de sédiments qui stabilisaient la plage du hameau du Racou, aux confins de la commune d’Argelès et de celle de Collioure.

Globalement, le port d’Argelès entraîne vers le large le transit naturel de sable, auparavant reçu par le Racou, dont 50 mètres de plage ont disparu depuis la fin du XXe siècle. Les appétits touristiques et l’argent facile ont justifié ces transformations d’un autre temps, à l’époque ou l’environnement importait moins, tandis que le tourisme était considéré comme une activité naturelle, voire obligatoire, mesurée selon la quantité de personnes reçues.

“Les périls imminents de la bétonisation”

La conjonction des effets contraires à la préservation du Racou mobilise l’Association pour la Sauvegarde du Racou, qui lance une pétition à l’endroit d’Antoine Parra, ex-socialiste puis sympathisant de la République en Marche (LREM). Cette protestation intitulée “Sauvez le Racou - Non à l'extension de Port-Argelès” s’adresse également à l’Etat, via la préfecture des Pyrénées-Orientales. Elle s’inscrit contre les “périls imminents et de la bétonisation”, car la plage recule tandis que le projet de port avance : son prolongement comporte un bassin de 250 anneaux et 6 hectares de constructions immobilières.

L’association pour la sauvegarde du Racou, instigatrice de ce lobbying citoyen, espère faire plier la mairie, soutenue par la préfecture des Pyrénées-Orientales et la Direction régionale de l'Environnement, de l'Aménagement et du Logement, en argumentant sur la sanctuarisation, car le Racou est un “hameau paisible, apprécié de tous, un site classé, protégé (...)  emblématique du littoral catalan, pris en étau entre l’extension programmée d’un port entaché d’illégalité et le recul du trait de côte provoqué par ce même port”. L’enjeu est de convaincre le grand public d’une relation de cause à effet, à moins que le dommage collatéral consistant à sacrifier le Racou, précieuse plage géologiquement mixte, reliant la côte sableuse et la côte rocheuse, ne fasse partie des risques calculés par la municipalité.

Pétition “Sauvez le Racou - Non à l'extension de Port-Argelès”.

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Esteve Valls