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Perpignan. L’aménagement sur la Têt est-il vraiment “écologique” ?

Frene 66 dénonce la canalisation du fleuve au nom de la “continuité écologique”

Passage à gué sur la Têt, à Perpignan, pour la "'continuité écologique", 15 août 2021 © Frene 66
Passage à gué sur la Têt, à Perpignan, pour la "'continuité écologique", 15 août 2021 © Frene 66

Depuis plusieurs semaines, 35 buses canalisent les eaux de la têt à Perpignan. La fédération Frene 66 dénonce cet aménagement réalisé par Perpignan Méditerranée, avec le soutien de l’État.

L’intervention sur le cours de la Têt, à Perpignan, est-elle irréversiblement négative pour les équilibres naturels ? La Fédération pour les Espaces Naturels et l’Environnement – Pyrénées-Orientales (Frene 66) s’interroge, suite à l’installation de quelque 35 buses au niveau du passage a gué  proche du palais des expositions. Cette canalisation du fleuve s’effectue officiellement pour le “rétablissement de la continuité écologique et valorisation des berges basses de la Têt à Perpignan”, indique la métropole Perpignan Méditerranée, à l’oeuvre depuis le début de l’été.


Dans un communiqué du 18 août, Frene 66 dénonce une “table rase de l’environnement naturel et du cours d’eau lui-même”, et les “volontés de bétonner les berges constantes”. La fédération met en doute la compétence des donneurs d’ordre, qu’elle considère auteurs d’un “bidonnage sémantique qui n’a rien à voir avec une politique écologique sérieuse”, le concept de “continuité écologique” constituant un marketing verbal crédible. Frene 66 y voit un bluff organisé, car cette continuité introduite en 2000 par la directive européenne sur l'eau pour doit “assurer la libre circulation des organismes vivants et leur accès aux zones indispensables à leur cycle de vie, ainsi que le transport naturel des sédiments et le bon fonctionnement des réservoirs de biodiversité”, comme le précise d’Office Français de la Biodiversité (OFB).

Dans les faits, la problématique de la vallée de la Têt est plus complexe, car “les perturbations apportées par le barrage de Vinça et par l’implantation de “l’autoroute du ski” dans le lit du fleuve ne peuvent qu’accentuer l’érosion en aval”, indique l’association. Frene 66 s’appuis sur une étude financée par le Conseil général de 2011, stipulant que “dans la traversée urbaine de Perpignan, l'anthropisation du bassin (diminution des apports solides en amont et modification de l'hydrologie au barrage de Vinça) s'est accompagnée d'une transformation du lit. La diminution des apports solides qui a induit cette transformation, résulte principalement des extractions massives de matériaux dans le lit durant les années 60 (construction de la RN116) mais aussi de l'interruption du transport solide dans la retenue de Vinça (à partir de 1978)”.

“Dans un premier temps, la diminution du transport solide s'est aussi accompagnée d'un enfoncement du lit qui atteint par endroit plusieurs mètres. Ensuite, le lit de la Têt qui est naturellement dit à tresse, avec une forte divagation s'est transformé en un lit à méandres avec des bancs qui s'exhaussent et se végétalisent. Ces deux phénomènes tendent à s'auto-entretenir : le développement de la végétation diminue les vitesses d'écoulement, amplifiant ainsi les dépôts”.

Frene 66 craint aussi les futures interventions programmées à Perpignan, et place dos-à-dos les collectivités engagées : Perpignan Méditerranée, la Ville de Perpignan, le Syndicat mixte du Bassin versant de la Têt et l’Etat, dont la contribution financière s’élève à 3,5 millions d’euros. Dans ce débat hautement environnemental, la fédération est seule à protester, tandis qu’Europe Ecologie – Les Verts (EELV), ostensiblement happé par les arguments globaux, dont les mobilités électriques et le réchauffement climatique mondial, garde le silence.

La problématique du Tech, du Boulou à Argelès 

Ce sujet polémique n’est pas éloigné du dossier concernant la vallée du Tech, dont le fleuve a subi le prélèvement de centaines de tonnes de sable, à des fins d’urbanisation pendant 40 ans, du Boulou à Elne. En creusant le lit du fleuve, ces extractions sauvages, principalement dues à trois entreprises, et désormais interdites, ont accéléré le flux des eaux, tout en amenuisant la sédimentation, et les dépôts naturels de sable sur les plages argelésiennes, par le bocal du Tech. Selon les observations du Syndicat Mixte de Gestion et d'Aménagement Tech-Albères (SMIGATA), le dommage causé par les bâtisseurs peu scrupuleux correspond à 3 siècles de ravinement naturel, dont  sont privés le fleuve et la bordure littorale.

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Ordenacions a la llitera de la Têt, Perpinyà, 15 d'agost de 2021 © Frene 66Ordenacions a la llitera de la Têt, Perpinyà, 15 d'agost de 2021 © Frene 66

Esteve Valls